Si vous désirez imprimer l'un des feuillets, cliquez ici.

Le Livre de Job

N° 1 du 30 septembre 2012

Job, 1:1 - 2:10

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 1

1 Il y avait dans le pays d'Uts un homme qui s'appelait Job. Et cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu, et se détournait du mal.

2 Il lui naquit sept fils et trois filles.

3 Il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses, et un très grand nombre de serviteurs. Et cet homme était le plus considérable de tous les fils de l'Orient.

4 Ses fils allaient les uns chez les autres et donnaient tour à tour un festin, et ils invitaient leurs trois sœurs à manger et à boire avec eux.

5 Et quand les jours de festin étaient passés, Job appelait et sanctifiait ses fils, puis il se levait de bon matin et offrait pour chacun d'eux un holocauste ; car Job disait : Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils offensé Dieu dans leur cœur. C'est ainsi que Job avait coutume d'agir.

6 Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l'Éternel, et Satan vint aussi au milieu d'eux.

7 L'Éternel dit à Satan : « D'où viens-tu ? »

Et Satan répondit à l'Éternel : « De parcourir la terre et de m'y promener ».

8 L'Éternel dit à Satan : « As-tu remarqué mon serviteur Job ?

Il n'y a personne comme lui sur la terre ; c'est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. »

9 Et Satan répondit à l'Éternel :

« Est-ce d'une manière désintéressée que Job craint Dieu ?

10 Ne l'as-tu pas protégé, lui, sa maison, et tout ce qui est à lui ? Tu as béni l'œuvre de ses mains, et ses troupeaux couvrent le pays.

11 Mais étends ta main, touche à tout ce qui lui appartient, et je suis sûr qu'il te maudit en face. »

12 L'Éternel dit à Satan :

« Voici, tout ce qui lui appartient, je te le livre ; seulement, ne porte pas la main sur lui. » Et Satan se retira de devant la face de l'Éternel.

13 Un jour que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné,

14 il arriva auprès de Job un messager qui dit : « Les bœufs labouraient et les ânesses paissaient à côté d'eux ;

15 des Sabéens se sont jetés dessus, les ont enlevés, et ont passé les serviteurs au fil de l'épée. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle. »

16 Il parlait encore, lorsqu'un autre vint et dit : « Le feu de Dieu est tombé du ciel, a embrasé les brebis et les serviteurs, et les a consumés. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle. »

17 Il parlait encore, lorsqu'un autre vint et dit : « Des Chaldéens, formés en trois bandes, se sont jetés sur les chameaux, les ont enlevés, et ont passé les serviteurs au fil de l'épée. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle. »

18 Il parlait encore, lorsqu'un autre vint et dit :

« Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné ;

19 et voici, un grand vent est venu de l'autre côté du désert, et a frappé contre les quatre coins de la maison ; elle s'est écroulée sur les jeunes gens, et ils sont morts. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle. »

20 Alors Job se leva, déchira son manteau, et se rasa la tête ; puis, se jetant par terre, il se prosterna,

21 et dit : « Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L'Éternel a donné, et l'Éternel a ôté ; que le nom de l'Éternel soit béni ! »

22 En tout cela, Job ne pécha point et n'attribua rien d'injuste à Dieu.

Chapitre 2

1 Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l'Éternel, et Satan vint aussi au milieu d'eux se présenter devant l'Éternel.

2 L'Éternel dit à Satan : « D'où viens-tu ? » Et Satan répondit à l'Éternel : « De parcourir la terre et de m'y promener. »

3 L'Éternel dit à Satan : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'y a personne comme lui sur la terre ; c'est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. Il demeure ferme dans son intégrité, et tu m'excites à le perdre sans motif. »

4 Et Satan répondit à l'Éternel : « Peau pour peau ! Tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie.

5 Mais étends ta main, touche à ses os et à sa chair, et je suis sûr qu'il te maudit en face. »

6 L'Éternel dit à Satan : « Voici, je te le livre : seulement, épargne sa vie. »

7 Et Satan se retira de devant la face de l'Éternel. Puis il frappa Job d'un ulcère malin, depuis la plante du pied jusqu'au sommet de la tête.

8 Et Job prit un tesson pour se gratter et s'assit sur la cendre.

9 Sa femme lui dit : « Tu demeures ferme dans ton intégrité ! Maudis Dieu, et meurs ! »

10 Mais Job lui répondit : « Tu parles comme une femme insensée.

Quoi ! Nous recevons de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal ! » En tout cela Job ne pécha point par ses lèvres.

 

Commentaires

Dieu Face au Mystère de la Souffrance Humaine

 Comment comprendre la misère humaine et la souffrance injuste des êtres innocents ? Comment comprendre la misère et la souffrance injuste des personnes intègres qui ont mis toute leur confiance et toute leur espérance en un Dieu aimant, bienveillant et tout puissant ?

En ce premier dimanche du lancement des activités de l’année pastorale à St Job, nous allons nous pencher sur les deux premiers chapitres du livre de Job. Considérés comme le prologue du livre, ces deux chapitres nous décrivent la vie du Saint patron de notre communauté : Job, comme une personne pieuse, humble et intègre; prospère et riche; et qui soudainement est frappé par un malheur inédit, total et inexplicable. C’est donc à partir de cet incident malheureux  que vont se déballer les tractations (peut être maladroites) et les tentatives (erronées) d’explications humaines du malheur qui arrive aux uns et aux autres. En effet, comment le malheur nous arrive t-il ? Serait-ce par la jalousie de nos adversaires qui, comme dans le cas Job, viennent nous accuser devant Dieu et l’incite à nous éprouver ? cf. (Job; 1:9-11). Ou bien est-ce parce que nous avons commis une quelconque faute et la rétribution logique de Dieu nous tombe par-dessus la tête ? Et bien même lorsque nous essayons de comprendre tout cela, que peut être notre réaction et notre attitude vis-à-vis de l’interprétation donnée par nos proches à ces événements ? Interprétations  peut être contraire à notre conviction personnelle ? Que peut être aussi leur inspiration et leur motivation ? Nous avons toute la semaine voire toute l’année pour regarder autour nous et peut être en nous même, la misère, les afflictions et la souffrance du monde, à réfléchir là-dessus, et peut être trouvé une explication pourquoi pas, suffit-ce qu’elle soit juste et sincère. Bonne lecture et une très bonne méditation sur et avec St. Job.

Le Livre de Job

N° 2 du 7 octobre 2012

Job, 2:11 - 3:19

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 2

11 Trois amis de Job, Éliphaz de Théman, Bildad de Schuach, et Tsophar de Naama, apprirent tous les malheurs qui lui étaient arrivés. Ils se concertèrent et partirent de chez eux pour aller le plaindre et le consoler !

12 Ayant de loin porté les regards sur lui, ils ne le reconnurent pas, et ils élevèrent la voix et pleurèrent. Ils déchirèrent leurs manteaux, et ils jetèrent de la poussière en l'air au-dessus de leur tête.

13 Et ils se tinrent assis à terre auprès de lui sept jours et sept nuits, sans lui dire une parole, car ils voyaient combien sa douleur était grande.

Chapitre 3

1 Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.

2 Il prit la parole et dit :

3 « Périsse le jour où je suis né, Et la nuit qui dit : Un enfant mâle est conçu !

4 Ce jour ! Qu'il se change en ténèbres, Que Dieu n'en ait point souci dans le ciel, Et que la lumière ne rayonne plus sur lui !

5 Que l'obscurité et l'ombre de la mort s'en emparent, Que des nuées établissent leur demeure au-dessus de lui, Et que de noirs phénomènes l'épouvantent !

6 Cette nuit ! Que les ténèbres en fassent leur proie, Qu'elle disparaisse de l'année, Qu'elle ne soit plus comptée parmi les mois !

7 Que cette nuit devienne stérile, Que l'allégresse en soit bannie !

8 Qu'elle soit maudite par ceux qui maudissent les jours, Par ceux qui savent exciter le léviathan !

9 Que les étoiles de son crépuscule s'obscurcissent, Qu'elle attende en vain la lumière, Et qu'elle ne voie point les paupières de l'aurore !

10 Car elle n'a pas fermé le sein qui me conçut, Ni dérobé la souffrance à mes regards.

11 Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de ma mère ? Pourquoi n'ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles ?

12 Pourquoi ai-je trouvé des genoux pour me recevoir, Et des mamelles pour m'allaiter ?

13 Je serais couché maintenant, je serais tranquille, Je dormirais, je reposerais,

14 Avec les rois et les grands de la terre, Qui se bâtirent des mausolées,

15 Avec les princes qui avaient de l'or, Et qui remplirent d'argent leurs demeures.

16 Ou je n'existerais pas, je serais comme un avorton caché, Comme des enfants qui n'ont pas vu la lumière.

17 Là ne s'agitent plus les méchants, Et là se reposent ceux qui sont fatigués et sans force ;

18 Les captifs sont tous en paix, Ils n'entendent pas la voix de l'oppresseur ;

19 Le petit et le grand sont là, Et l'esclave n'est plus soumis à son maître. »

 

Commentaires

 La souffrance, le malheur nous défigure et nous rend même méconnaissables.

Dépouillé brutalement de son passé prospère et glorieux mais aussi de tout signe d’assurance pour l'avenir, Job mesure à la fois la grandeur de la liberté de l’homme, les limites de ses capacités et de ses forces. Le malheureux Job, tout en ignorant que sa piété et son intégrité sans paires font l’objet d’une confiance totale et absolu de Dieu envers lui. Satan veut remettre en question la sérénité sur laquelle repose la confiance de Dieu en Job.  C’est alors que piété et intégrité de Job deviendront un piège par lequel Satan voudra créer le doute pour pouvoir (peut être) l’ébranler. Dieu qui dans sa liberté et dans sa confiance indéfectible en Job, ne doutant aucunement de la foi et l’intégrité de Job, le laisse à la merci de Satan pour être éprouvé, ébranlé de bout en bout; secoué de fond en comble jusqu’au point où Job sera même méconnaissable par ses amis qui, après avoir appris le malheur qui a sévi sur la demeure de leur celui-ci, se sont « convenus à venir le plaindre et le consoler. » Job 2:11

La situation douloureuse Job était si désolante à tel point que ces amis de Job sont restés cois comme des cailloux pendant 7 jours durant, sans pouvoir proférer le moindre mot de consolation. Dans une telle situation de peine sublime et de souffrance inouïe, comment ne pas douter de la bonté de Dieu ? Comment ne pas douter de son amour inconditionnel devant un tel scénario de misère ? Cela ne peut être que normal et logique surtout lorsqu’on vivrait dans un monde où on pourrait être amené à croire que l’innocence, l’intégrité dans la foi peuvent être des garanties devant Dieu, et qu’il n’y a point de place pour une victime innocente, des souffrances imméritées : point de vertu qui soit source-génératrice de malheur  comme il en est dans le cas de Job. Dès lors, à partir du moment où il nous est pratiquement impossible d’expliquer et, logiquement irraisonnable de concevoir certaines situations désagréables et malheureuses qui peuvent nous tomber par dessus la tête comme une pluie, allons-nous maudire le (beau) jour qui nous a vu naitre ? Allons-nous maudire les (généreux) seins qui nous ont allaités ? Allons-nous maudire le (bon) Dieu qui nous a créés ?

En fait NON ! En plus de la logique et de la raison, il y’a cette autre piste, celle qui nous conduit à découvrir quelque chose de très précieux, à découvrir cette perle rare, ce trésor qui est là enfoui au-dedans de tout un chacun. Je ne sais pas l’endroit exact, mais fouillez dans votre cœur, fouillez dans le silence et dans la méditation vous la trouverez coûte que coûte. Il faut du courage, il faut de la fermeté, il faut de la détermination, mais il faut surtout une certaine humilité pour accepter d’être dénudé ou bien de se dénuder soi-même, peut-être de quelques-unes ne serait-ce que de nos étiquettes sociales pour pouvoir comprendre que nus, nous sommes venus dans le monde, nus nous en partirons. Que vienne dans notre vie la lumière qui dissipe les ombres de la peur, du doute et du découragement.

 

Le Livre de Job

N° 3 du 14 octobre 2012

Job, 3:20 - 4:21

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 3

20 « Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui souffre, Et la vie à ceux qui ont l'amertume dans l'âme,

21 Qui espèrent en vain la mort, Et qui la convoitent plus qu'un trésor,

22 Qui seraient transportés de joie Et saisis d'allégresse, s'ils trouvaient le tombeau ?

23 A l'homme qui ne sait où aller, Et que Dieu cerne de toutes parts ?

24 Mes soupirs sont ma nourriture, Et mes cris se répandent comme l'eau.

25 Ce que je crains, c'est ce qui m'arrive ; Ce que je redoute, c'est ce qui m'atteint.

26 Je n'ai ni tranquillité, ni paix, ni repos, Et le trouble s'est emparé de moi. »

Chapitre 4

1 Éliphaz de Théman prit la parole et dit :

2 « Si nous osons ouvrir la bouche, en seras-tu peiné ? Mais qui pourrait garder le silence ?

3 Voici, tu as souvent enseigné les autres, Tu as fortifié les mains languissantes,

4 Tes paroles ont relevé ceux qui chancelaient, Tu as affermi les genoux qui pliaient.

5 Et maintenant qu'il s'agit de toi, tu faiblis ! Maintenant que tu es atteint, tu te troubles !

6 Ta crainte de Dieu n'est-elle pas ton soutien ? Ton espérance, n'est-ce pas ton intégrité ?

7 Cherche dans ton souvenir : quel est l'innocent qui a péri ? Quels sont les justes qui ont été exterminés ?

8 Pour moi, je l'ai vu, ceux qui labourent l'iniquité Et qui sèment l'injustice en moissonnent les fruits ;

9 Ils périssent par le souffle de Dieu, Ils sont consumés par le vent de sa colère,

10 Le rugissement des lions prend fin, Les dents des lionceaux sont brisées ;

11 Le lion périt faute de proie, Et les petits de la lionne se dispersent.

12 Une parole est arrivée furtivement jusqu'à moi, Et mon oreille en a recueilli les sons légers.

13 Au moment où les visions de la nuit agitent la pensée, Quand les hommes sont livrés à un profond sommeil,

14 Je fus saisi de frayeur et d'épouvante, Et tous mes os tremblèrent.

15 Un esprit passa près de moi... Tous mes cheveux se hérissèrent...

16 Une figure d'un aspect inconnu était devant mes yeux, Et j'entendis une voix qui murmurait doucement :

17 L'homme serait-il juste devant Dieu ? Serait-il pur devant celui qui l'a fait ?

18 Si Dieu n'a pas confiance en ses serviteurs, S'il trouve de la folie chez ses anges,

19 Combien plus chez ceux qui habitent des maisons d'argile, Qui tirent leur origine de la poussière, Et qui peuvent être écrasés comme un vermisseau !

20 Du matin au soir ils sont brisés, Ils périssent pour toujours, et nul n'y prend garde ;

21 Le fil de leur vie est coupé, Ils meurent, et ils n'ont pas acquis la sagesse. »

 

Commentaires

Piété et bien-être en relation avec le sens de l’existence humaine

Comme Job, on est parfois tenté de se demander « pourquoi Dieu donne-t-il la lumière ? Pourquoi donne-t-il le souffle à la personne qui peine éperdument ? Pourquoi donne-t-il la vie aux ulcérés qui n’attendent que la mort ? » Y’a-t-il vraiment une raison de vouloir s’accrocher encore à la vie lorsque nous perdons la raison de vivre ? Lorsque nous sommes atteints par ce que nous redoutons le plus ? C’est sûrement cette question qui nous hante lorsque la maladie compliquée plane sur notre vie pendant une longue période, pour d’autres c’est peut être une situation de pauvreté abjecte, pour d’autres encore c’est simplement l’humiliation ou la honte, bref tout dépend du jugement personnel de tout un chacun. Pour ce faire beaucoup de personnes dépriment, d’autres dans leur égarement et leur désespérance ont préféré se donner la mort que de traverser ces moments durs bien sûr.

Mais en fait, devons-nous vraiment fléchir dans les moments les plus durs de la vie ? Devons-nous faire baisser les voiles de notre navire lorsque la tempête le secoue et, la navigation est agitée et devient périlleuse ? Non ! Cela demanderait plutôt à doubler d’effort, à prendre du courage, et se battre jusqu’au bout. Beaucoup de personnes parmi ont lutté contre la maladie et la pauvreté, d’autres ont vécu l’humiliation et la honte ; courageusement ils ont traversé ces périodes difficiles et ils nous laissent aujourd’hui des héritages vertueux et élogieux qui incitent à imiter. En tant que croyant, le livre de Job nous dit que quand bien même que les choses vont mal, voire très mal autour de nous, nous ne devons pas limiter notre espérance juste à la frontière de nos capacités humaines; il y a encore cette autre porte vers laquelle on doit se tourner pour prendre de force et d’énergie. Se tourner vers celui-là qui par sa nature est Mystère lui-même et qui fait des mystères: « Lui, L’Ouvrier des grandeurs insondables.» (Job 5 :9)

Job n’a pas cherché seulement en lui-même les moyens et la force pour traverser son épreuve. Dès lors, il y a lieu de se demander comment pouvons-nous arriver à faire coïncider notre souhait avec le projet de Dieu pour nous ? L’attitude à la fois héroïque et pieusement intègre de Job lui a permis de maintenir le cap dans la tempête. Il est resté équilibré dans le bonheur comme dans le malheur : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, loué soit son Nom !» Si donc la piété de Job n’avait tenu juste qu’à son bien-être et à sa prospérité, alors Satan aurait gagné son pari avec Dieu : « Est-ce pour rien qu’il te sert ? Tu le protèges d’un enclos… » (Job 1 :10) Alors, il revient à tout un croyant de chercher et de trouver la limite de sa foi. Est-elle sans limite  ou bien se limiterait-elle ce à un certain niveau? Que se passe-t-il lorsque notre bonheur est frustré, lorsque ce qui contribue à notre bien-être est bafoué? Sommes-nous toujours à mesure de répondre à Dieu rien qu’avec le meilleur de notre simple Être pour que notre témoignage de fidélité n’offre alors aucune prise de soupçon ? Pour qu’aucune visée d’intérêt ne vienne fausser notre option pour Dieu et sa vérité ? C’est peut-être là le secret d’acceptation de la fameuse philosophie de «Nudité Humaine» prônée dans le livre de Job: «Nu je suis sorti du sein de ma mère, nu je m’en irai dans le sein de la terre.» Sûrement, c’est cette reconnaissance qui peut nous permettre de nous ouvrir à accepter la liberté d’agir de Dieu dans notre vie, même si cela pourrait aller contre notre souhait, donc désagréable. « Seigneur, que ta volonté soit faite et non la mienne… » Priait encore Jésus pendant l’un des moments difficiles de sa vie. (Cf. Matthieu 26 :42)

 

Le Livre de Job

N° 4 du 21 octobre 2012

Job  5 – 6:13

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 5

1 Crie maintenant ! Qui te répondra ? Auquel des saints t'adresseras-tu ?

2 L'insensé périt dans sa colère, Le fou meurt dans ses emportements.

3 J'ai vu l'insensé prendre racine ; Puis soudain j'ai maudit sa demeure.

4 Plus de prospérité pour ses fils ; Ils sont foulés à la porte, et personne qui les délivre !

5 Sa moisson est dévorée par des affamés, Qui viennent l'enlever jusque dans les épines, Et ses biens sont engloutis par des hommes altérés.

6 Le malheur ne sort pas de la poussière, Et la souffrance ne germe pas du sol ;

7 L'homme naît pour souffrir, Comme l'étincelle pour voler.

8 Pour moi, j'aurais recours à Dieu, Et c'est à Dieu que j'exposerais ma cause.

9 Il fait des choses grandes et insondables, des merveilles sans nombre ;

10 Il répand la pluie sur la terre, Et envoie l'eau sur les campagnes ;

11 Il relève les humbles, Et délivre les affligés ;

12 Il anéantit les projets des hommes rusés, Et leurs mains ne peuvent les accomplir ;

13 Il prend les sages dans leur propre ruse, Et les desseins des hommes artificieux sont renversés :

14 Ils rencontrent les ténèbres au milieu du jour, Ils tâtonnent en plein midi comme dans la nuit.

15 Ainsi Dieu protège le faible contre leurs menaces, Et le sauve de la main des puissants ;

16 Et l'espérance soutient le malheureux, mais l'iniquité ferme la bouche.

17 Heureux l'homme que Dieu châtie ! ne méprise pas la correction du Tout Puissant.

18 Il fait la plaie, et il la bande ; Il blesse, et sa main guérit.

19 Six fois il te délivrera de l'angoisse, Et sept fois le mal ne t'atteindra pas.

20 Il te sauvera de la mort pendant la famine, Et des coups du glaive pendant la guerre.

21 Tu seras à l'abri du fléau de la langue, Tu seras sans crainte quand viendra la dévastation.

22 Tu te riras de la dévastation comme de la famine, Et tu n'auras pas à redouter les bêtes de la terre ;

23 Car tu feras alliance avec les pierres des champs, Et les bêtes de la terre seront en paix avec toi.

24 Tu jouiras du bonheur sous ta tente, Tu retrouveras tes troupeaux au complet,

25 Tu verras ta postérité s'accroître, Et tes rejetons se multiplier comme l'herbe des champs.

26 Tu entreras au sépulcre dans la vieillesse, Comme on emporte une gerbe en son temps.

27 Voilà ce que nous avons reconnu, voilà ce qui est ; A toi d'entendre et de mettre à profit

Chapitre 6

1 Job prit la parole et dit :

2 Oh ! S'il était possible de peser ma douleur, Et si toutes mes calamités étaient sur la balance,

3 Elles seraient plus pesantes que le sable de la mer ; Voilà pourquoi mes paroles vont jusqu'à la folie !

4 Car les flèches du Tout Puissant m'ont percé, Et mon âme en suce le venin ; Les terreurs de Dieu se rangent en bataille contre moi.

5 L'âne sauvage crie-t-il auprès de l'herbe tendre ? Le bœuf mugit-il auprès de son fourrage ?

6 Peut-on manger ce qui est fade et sans sel ? Y a-t-il de la saveur dans le blanc d'un œuf ?

7 Ce que je voudrais ne pas toucher, C'est là ma nourriture, si dégoûtante soit-elle !

8 Puisse mon vœu s'accomplir, Et Dieu veuille réaliser mon espérance !

9 Qu'il plaise à Dieu de m'écraser, Qu'il étende sa main et qu'il m'achève !

10 Il me restera du moins une consolation, Une joie dans les maux dont il m'accable : Jamais je n'ai transgressé les ordres du Saint.

11 Pourquoi espérer quand je n'ai plus de force ? Pourquoi attendre quand ma fin est certaine ?

12 Ma force est-elle une force de pierre ? Mon corps est-il d'airain ?

13 Ne suis-je pas sans ressource, Et le salut n'est-il pas loin de moi ?

 

Commentaires

Qui en effet peut connaitre et comprendre parfaitement les desseins de Dieu pour l’Homme ?

Personne de son vivant n’a vu Dieu, même pas Abraham, moins encore Moïse et en fait aucun des prophètes. Et pourtant, depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, il y a toujours eu des hommes et des femmes qui ont parlé au nom de ce Dieu « Invisible », d’autres continuent toujours à le faire aujourd’hui même, et ce ne n’est pas fini d’autres continueront bien sûr à le faire. C’est surtout çà la fameuse vocation prophétique conférée par le sacrement de baptême. Selon notre tradition Judéo-chrétienne, nous avons eu entre autre les prophètes dans un premier temps, et puis le Verbe Incarné : Jésus-Christ lui-même, et puis après ses premiers disciples et enfin les chrétiens en général ; pasteurs fidèles confondus. Même si le nom d’Elifaz ne figure pas sur la liste des prophètes canoniques de son temps, il ne va pas se refuser le luxe ou l’honneur de se laisser faire passer pour le prophète auprès son grand ami Job, qui commence à s’impatienter non seulement de sa situation miséreuse mais aussi du silence inlassable de Dieu.

Qu’il est vraiment beau de parler au nom de Dieu ! Mais qu’est-ce qu’il est aussi hasardeux en même temps, puisqu’il faut parler vrai en son nom ! Mais qu’est-ce qu’il est encore difficile de parler juste au nom de ce même Dieu ? Oui ! Comme Elifaz, tous nous acceptons très facilement l’idée que Dieu est juste, bon et bienveillant. Et Elifaz nous dira même que sa Justice est vraiment juste, jusqu’ai point où il ne peut permettre que le malheur touche les personnes rien que dans le cadre de la rétribution. Dès lors, ce serait insensé de clamer une quelconque innocence lorsqu’on est frappé d’un malheur comme il en est avec Job. Même Elifaz n’a aucune preuve tangible, aucune évidence accusatrice pour incriminer son ami Job, Elifaz a du mal à accepter la complainte d’innocence de Job. Avec le souci de sympathiser et d’encourager son ami dans la dure épreuve, Elifaz mêle dans son discours exhortations et cautionnements. Pour Elifaz « prophète ou bien porte-parole » de Dieu, Job ne doit pas songer à vouloir attribuer ses afflictions à un quelconque hasard; toutes, elles émanent très logiquement de Dieu. Puisque «la misère ne germe pas du sol», (vs 6)  donc le malheur relève sans doute de la faute de l’être humain.

Pour Elifaz, l’être humain semblerait d’ailleurs être voué à la souffrance et peut être même au malheur. Il reproche à Job de vouloir illogiquement faire querelle avec Dieu alors qu’il devrait juste se contenter de le chercher dans la quiétude (quoique affligé). Mais peut-on vraiment savourer ce qui fade sans y ajouter du sel ? Y’a-t-il du goût à la bave du pourpier ? Nous devons être assez prudents lorsque nous prenons la défense de Dieu ou bien lorsque nous parlons en son nom. Il y a toujours le risque de vouloir prétendre définir Dieu plus que Dieu lui-même se définirait. Sans doute, Elifaz n’en échappera pas de tomber dans ce piège. Job de son côté, tout en admettant la bonté et la justice de Dieu, se refuse d’accepter l’argumentation d’Elifaz selon laquelle le malheur qui a sévi sur sa maison serait la conséquence logique d’une quelconque faute de sa part. Si jamais cela pouvait se prouver, que Dieu lui-même puisse le lui faire savoir. Jusque-là, Job ne se reproche pas grande chose si non rien du tout.

Oui ! Il est vraiment possible de dire non à certaines explications des faits sans pour autant se révolter; tout comme il est aussi possible d’être donné aux hommes et aux femmes de parler au nom de Dieu et se tromper aussi. Dieu est bon est juste, c’est vrai, je veux bien le dire, d’ailleurs je le dis déjà, mais que tout malheur n’est que rétribution logique de sa part; il faut qu’Elifaz le dise, il faut que quelqu’un d’autre le dise, moi je m’abstiendrais, je ne pourrais pas le dire, puisque Job m’informe qu’on peut être net, intègre, innocent et, être touché par malheur comme tout autre personne, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’on est puni par Dieu ou bien abandonné par Dieu.

 

En somme, que pouvons-nous retenir du dialogue des deux amis de Dieu ? – d’une part, qu’il C’est juste et bon lorsqu’on juge sa conduite envers soi-même, envers les autres et même envers Dieu sans tâche et sans reproche, mais ce n’est jamais assez comme raison pour se révolter, que quelqu’un d’autre le fasse, moi je préfèrerais attendre et patienter comme Job; mais qu’est ce qu’il peut être aussi dur de patienter dans certaines situations ? Quelle est la force de l’être humain pour résister à la souffrance ? Le corps n’est pas du roc, lorsqu’il est blessé il saigne, même les arbres lorsqu’ils sont écorchés, ils font couler leur sève. Qu’à cela ne tienne, il faut juste prendre du courage, patienter et persévérer, un jour on y arrivera !

Le Livre de Job

N° 5 du 28 octobre 2012

Job  6:14 – 7:21

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 6

14 Celui qui souffre a droit à la compassion de son ami, Même quand il abandonnerait la crainte du Tout Puissant.

15 Mes frères sont perfides comme un torrent, Comme le lit des torrents qui disparaissent.

16 Les glaçons en troublent le cours, La neige s'y précipite ;

17 Viennent les chaleurs, et ils tarissent, Les feux du soleil, et leur lit demeure à sec.

18 Les caravanes se détournent de leur chemin, S'enfoncent dans le désert, et périssent.

19 Les caravanes de Théma fixent le regard, Les voyageurs de Séba sont pleins d'espoir ;

20 Ils sont honteux d'avoir eu confiance, Ils restent confondus quand ils arrivent.

21 Ainsi, vous êtes comme si vous n'existiez pas ; Vous voyez mon angoisse, et vous en avez horreur !

22 Vous ai-je dit : Donnez-moi quelque chose, Faites en ma faveur des présents avec vos biens,

23 Délivrez-moi de la main de l'ennemi, Rachetez-moi de la main des méchants ?

24 Instruisez-moi, et je me tairai ; Faites-moi comprendre en quoi j'ai péché.

25 Que les paroles vraies sont persuasives ! Mais que prouvent vos remontrances ?

26 Voulez-vous donc blâmer ce que j'ai dit, Et ne voir que du vent dans les discours d'un désespéré ?

27 Vous accablez un orphelin, Vous persécutez votre ami.

28 Regardez-moi, je vous prie ! Vous mentirais-je en face ?

29 Revenez, ne soyez pas injustes ; Revenez, et reconnaissez mon innocence.

30 Y a-t-il de l'iniquité sur ma langue, Et ma bouche ne discerne-t-elle pas le mal ?

Chapitre 7

1 Le sort de l'homme sur la terre est celui d'un soldat, Et ses jours sont ceux d'un mercenaire.

2 Comme l'esclave soupire après l'ombre, Comme l'ouvrier attend son salaire,

3 Ainsi j'ai pour partage des mois de douleur, J'ai pour mon lot des nuits de souffrance.

4 Je me couche, et je dis : Quand me lèverai-je ? Quand finira la nuit ? Et je suis rassasié d'agitations jusqu'au point du jour.

5 Mon corps se couvre de vers et d'une croûte terreuse, Ma peau se crevasse et se dissout.

6 Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, Ils s'évanouissent : plus d'espérance !

7 Souviens-toi que ma vie est un souffle ! Mes yeux ne reverront pas le bonheur.

8 L'œil qui me regarde ne me regardera plus ; Ton œil me cherchera, et je ne serai plus.

9 Comme la nuée se dissipe et s'en va, Celui qui descend au séjour des morts ne remontera pas ;

10 Il ne reviendra plus dans sa maison, Et le lieu qu'il habitait ne le connaîtra plus.

11 C'est pourquoi je ne retiendrai point ma bouche,

Je parlerai dans l'angoisse de mon cœur, Je me plaindrai dans l'amertume de mon âme.

12 Suis-je une mer, ou un monstre marin, Pour que tu établisses des gardes autour de moi ?

13 Quand je dis : Mon lit me soulagera, Ma couche calmera mes douleurs,

14 C'est alors que tu m'effraies par des songes, Que tu m'épouvantes par des visions.

15 Ah ! Je voudrais être étranglé ! Je voudrais la mort plutôt que ces os !

16 Je les méprise !... je ne vivrai pas toujours... Laisse-moi, car ma vie n'est qu'un souffle.

17 Qu'est-ce que l'homme, pour que tu en fasses tant de cas, Pour que tu daignes prendre garde à lui,

18 Pour que tu le visites tous les matins, Pour que tu l'éprouves à tous les instants ?

19 Quand cesseras-tu d'avoir le regard sur moi ? Quand me laisseras-tu le temps d'avaler ma salive ?

20 Si j'ai péché, qu'ai-je pu te faire, gardien des hommes ? Pourquoi me mettre en butte à tes traits ? Pourquoi me rendre à charge à moi-même ?

21 Que ne pardonnes-tu mon péché, Et que n'oublies-tu mon iniquité ? Car je vais me coucher dans la poussière ; Tu me chercheras, et je ne serai plus.

 

Commentaires

L’homme effondré a droit à la pitié de son prochain

La première phrase du fragment du texte de Job cette semaine réclame de droit la pitié du prochain pour les personnes qui peinent, les personnes effondrées. Et si donc l’espoir de Job avait reposé en partie sur cette parole, on verra curieusement et contre toute attente dans les lignes qui suivent juste après, Job nous semble apparaitre vouloir se refuser ce droit et le rejette sans ambages. D’une manière peu directe mais très parlante, Job exprime clairement la raison pour laquelle il se refuse ce droit. « Mes frères ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents qui s’enfuit ». À voir la réaction des amis de Job venus le consoler (mais qui finissent par le moraliser, l’incriminer, le culpabiliser) Job sera pétri, désolé, et déçu. Par le biais de ce texte, il nous est donc donné d’être instruits en quelque sorte sur l’attitude qu’on devrait adopter lorsque qu’on va sympathiser avec quelqu’un frappé par un malheur quelconque, surtout si on le fait encore au nom de Dieu. Et en tant vrai disciple du Christ, on est appelé à le faire, je me permets de dire que c’est d’ailleurs une obligation pour nous de le faire.

Il est absolument vrai qu’en temps de détresse, les gens comptent beaucoup sur leurs proches : la famille et/ou les amis pour se réconforter, pour alléger leur peine, leur souffrance et ou bien même pour s’en tirer du malheur. Mais à partir du moment où, pour une raison ou une autre ces proches et amis deviennent plutôt des moralisateurs pour dire à la personne souffrante que c’est parce qu’elle a commis telle ou telle faute qu’elle se retrouve dans cette situation de détresse, le poids de la souffrance deviendra sans doute plus lourd, insupportable et écrasant. Alors, comment ne pas se sentir abandonné de tous et par tous. Sans doute on devient, pour reprendre les mots de Job, « … comme ces caravanes qui sont détournées de leurs cours, elles montent vers leurs solitudes et se perdent. » On est angoissé, on devient anxieux, impatient et on se perd vraiment. « À peine couché, je demande quand me lèverai-je ? » 7 :4. C’est en fait là la plus grande désolation de Job ; tout semble le lâcher on dirait les feuilles des arbres qui tombent en automne. Et du coup, le découragement guette, le doute l’envahi, l’incertitude s’installe et s’éternise, et voilà tout est fait, la vie pour cette personne ressemblerait plus à une fatalité qu’à une autre chose.

Toutefois, nous n’allons pas aussi imaginer que c’est par méchanceté que les amis de Job inculpent et incriminent ce dernier. Ce serait plutôt à cause de ce que Mgr Leonard appelle  le tiraillement de l’humain entre deux tendances[1] dans le processus de la compréhension et de l’explication du mal : une première tendance qui entend voir dans le mal une certaine forme de drame lié à l’inévitable finitude des créatures et la deuxième qui voit dans le tragique de ce monde un état contingent de la création qui ne correspond plus à l’acte créateur. Seigneur, donne-nous d’être des vrais témoins de ta pitié et de ta compassion auprès de nos frères et de nos sœurs qui souffrent sans jamais les moraliser, sans jamais les incriminer ou bien les inculper pour quoi que ce soit. Donne-nous Seigneur un cœur nouveau, que ta sagesse nous éclaire et comme cela nous irons en temps de détresse les uns vers les autres pour se soulager et être sauvés.

 

Le Livre de Job

N° 6 du 4 novembre 2012

Job  8 – 9:24

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 8

1 Bildad de Schuach prit la parole et dit :

2 Jusqu'à quand veux-tu discourir de la sorte, Et les paroles de ta bouche seront-elles un vent impétueux ?

3 Dieu renverserait-il le droit ? Le Tout Puissant renverserait-il la justice ?

4 Si tes fils ont péché contre lui, Il les a livrés à leur péché.

5 Mais toi, si tu as recours à Dieu, Si tu implores le Tout Puissant ;

6 Si tu es juste et droit, Certainement alors il veillera sur toi, Et rendra le bonheur à ton innocente demeure ;

7 Ton ancienne prospérité semblera peu de chose, Celle qui t'est réservée sera bien plus grande.

8 Interroge ceux des générations passées, Sois attentif à l'expérience de leurs pères.

9 Car nous sommes d'hier, et nous ne savons rien, Nos jours sur la terre ne sont qu'une ombre.

10 Ils t'instruiront, ils te parleront, Ils tireront de leur cœur ces sentences :

11 Le jonc croît-il sans marais ? Le roseau croît-il sans humidité ?

12 Encore vert et sans qu'on le coupe, Il sèche plus vite que toutes les herbes.

13 Ainsi arrive-t-il à tous ceux qui oublient Dieu, Et l'espérance de l'impie périra.

14 Son assurance est brisée, Son soutien est une toile d'araignée.

15 Il s'appuie sur sa maison, et elle n'est pas ferme ; Il s'y cramponne, et elle ne résiste pas.

16 Dans toute sa vigueur, en plein soleil, Il étend ses rameaux sur son jardin,

17 Il entrelace ses racines parmi les pierres, Il pénètre jusque dans les murailles ;

18 L'arrache-t-on du lieu qu'il occupe, Ce lieu le renie : Je ne t'ai point connu !

19 Telles sont les délices que ses voies lui procurent. Puis sur le même sol d'autres s'élèvent après lui.

20 Non, Dieu ne rejette point l'homme intègre, Et il ne protège point les méchants.

21 Il remplira ta bouche de cris de joie, Et tes lèvres de chants d'allégresse.

22 Tes ennemis seront couverts de honte ; La tente des méchants disparaîtra.

Chapitre 9

1 Job prit la parole et dit :

2 Je sais bien qu'il en est ainsi ; Comment l'homme serait-il juste devant Dieu ?

3 S'il voulait contester avec lui, Sur mille choses il ne pourrait répondre à une seule.

4 A lui la sagesse et la toute-puissance : Qui lui résisterait impunément ?

5 Il transporte soudain les montagnes, Il les renverse dans sa colère.

6 Il secoue la terre sur sa base, Et ses colonnes sont ébranlées.

7 Il commande au soleil, et le soleil ne paraît pas ; Il met un sceau sur les étoiles.

8 Seul, il étend les cieux, Il marche sur les hauteurs de la mer.

9 Il a créé la Grande Ourse, l'Orion et les Pléiades, Et les étoiles des régions australes.

10 Il fait des choses grandes et insondables, Des merveilles sans nombre.

11 Voici, il passe près de moi, et je ne le vois pas, Il s'en va, et je ne l'aperçois pas.

12 S'il enlève, qui s'y opposera ? Qui lui dira : Que fais-tu ?

13 Dieu ne retire point sa colère ; Sous lui s'inclinent les appuis de l'orgueil.

14 Et moi, comment lui répondre ? Quelles paroles choisir ?

15 Quand je serais juste, je ne répondrais pas ; Je ne puis qu'implorer mon juge.

16 Et quand il m'exaucerait, si je l'invoque, Je ne croirais pas qu'il eût écouté ma voix,

17 Lui qui m'assaille comme par une tempête, Qui multiplie sans raison mes blessures,

18 Qui ne me laisse pas respirer, Qui me rassasie d'amertume.

19 Recourir à la force ? Il est Tout Puissant. À la justice ? Qui me fera comparaître ?

20 Suis-je juste, ma bouche me condamnera ; Suis-je innocent, il me déclarera coupable.

21 Innocent ! Je le suis ; mais je ne tiens pas à la vie, Je méprise mon existence.

22 Qu'importe après tout ? Car, j'ose le dire, Il détruit l'innocent comme le coupable.

23 Si du moins le fléau donnait soudain la mort !... Mais il se rit des épreuves de l'innocent.

24 La terre est livrée aux mains de l'impie ; Il voile la face des juges. Si ce n'est pas lui, qui est-ce donc ?

 

Commentaires

La loi de Causalité peut être parfois logique et cohérente mais dit-elle tout sur la justice de Dieu ?

Dans la réflexion de cette semaine sur notre fameux texte de Job, nous allons nous pencher sur l’intervention du deuxième ami de Job et sur une partie de la réaction de Job lui-même. En parcourant les lignes de cet extrait, il devient de plus en plus clair pour les lecteurs avisée et non-avisés que nous sommes, que le principe de la logique de la causalité ou bien de la justice de rétribution trouve pleinement sa place dans ce qui peut nous paraitre ici comme une ébauche de définition et de conception de l’action de Dieu dans la vie de l’homme : Si l’on est frappé par un malheur quelconque, c’est sûrement parce qu’on a péché, nous laissons-t-on croire. N’est-ce vraiment pas une manière très simpliste de concevoir les choses ? Pour faire croire à Job que ce raisonnement est bien fondé et logique, Bildad va se baser sur les constatations ordinaires et les expériences quotidiennes de la vie. Il fait donc recours à la sagesse populaire ou bien à l’enseignement traditionnel qui va bien dans le sens de son argumentation.

Pour Bildad, les choses dans la nature suivent leurs courses normales de cause et effet : « Le jonc ne pousse pas hors du marais et le roseau ne croitrait pas sans eau. » C’est aussi à cette loi d’automatisme ou bien de conditionnement naturel qu’obéirait l’homme par ses actions et les conséquences soi-disant logique qui doivent en découler. À en croire Bildad, nos paroles et nos actes ne sont rien d’autres qu’une sorte de cordes de filet que nous jetons autour de nous et qui nous ramène automatiquement ce qu’il doit prendre. Chaque action de l’être humain générerait une force qui reviendrait vers nous telle qu’elle a été mise en œuvre. L’homme ne récoltera toujours que ce qu’il a semé, et un adage anglais le dit très bien dans un langage très poétique et très beau : « Whatever goes around, comes around. » La représentation des choses selon le principe action et conséquence de l'action n’est toujours et forcement pas l’explication vraie et juste des faits qui arrivent dans la vie des humains. Bien que parfois, cette représentation des choses peut paraitre logique, cohérente et raisonnable, mais nous devons nous garder toutefois de vite croire que la sagesse populaire expliquerait tout et de surcroît équivaudrait la loi de Dieu.

Il est aussi vrai que les amis de Job et Job lui-même admettent et reconnaissent que Dieu est juste, mais le plus important à faire c’est de définir en quoi consisterait cette justice de Dieu ? Juste parce qu’il ne laisse aucun péché impuni ? Si oui, ne serait-il pas cet espion de l’humain qui cherche à épier ce dernier et dont if faut craindre et redouter ? Mais pourtant, Bildad nous rassure en rassurant Job, que la personne innocente n’a rien à craindre de Dieu ; mais est-ce pour autant une assurance pour être à l’abri des malheurs qui peuvent frapper l’être humain ? Ou alors que se passe-t-il vraiment lorsqu’un juste comme Job souffre sans juste ne pas savoir pourquoi, fait appel à ce Dieu Juste et qui malheureusement n’intervient pas ? Aurait-il cessé d’être juste juge du monde ou alors, se refuserait-il de défendre la cause de personnes intègres, justes et innocentes ? Certainement pas ! Dieu n’est simplement pas un Juste Juge, mais un Juge Juste et Éternel ; en même temps il veille sur nous. La protection qu’il nous assure est long terme et éternelle. N’est-ce pas ce que nous pouvons retenir de la fameuse exhortation de l’Apôtre Paul dans sa première Lettre aux Corinthiens lorsqu’il déclare : « Si nous croyants, avons mis notre espérance en Christ rien pour la vie de ce monde, dès lors nous sommes donc les plus à plaindre de tous les humains. » cf. 1 Cor. 15 :19

Dire que Dieu veille sur ses enfants n’est pas sans doute une aberration, mais plutôt une vérité inaliénable, reste maintenir à définir comment fait-il ce travail de veilleur ? Serait-il cet espion de l’homme qui sans cesse cherche à épier ce dernier ou bien ce père protecteur passif qui ne sait rien faire lorsque ses protégés sont atteints profondément ? Dieu est juste c’est vrai, il veille sur nous c’est encore plus vrai. Sa justice est plutôt miséricordieuse que punitive. Quoique désemparé, Job n’a tout de même pas oublié de reconnaitre cette dimension essentielle et fondamentale de cette justice de Dieu. « Ai-je péché ? Qu’est-ce que cela pourrait bien te faire ? … Ne peux-tu vraiment pas supporter ma révolte, et laisser passer ma faute ? » Job7 :21 la réponse est sans doute OUI ! Dieu supporte nos révoltes, il nous pardonne. Il est patient avec comme une bonne mère est patiente avec l’enfant qui fait des bêtises, puissions apprendre à être patient comme lui, avec nous-mêmes, avec nos frères et nos sœurs mais surtout avec Dieu aussi.

Le Livre de Job

N° 7 du 11 novembre 2012

Job  9:25 – 10:22

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 9

25 Mes jours sont plus rapides qu'un courrier ; Ils fuient sans avoir vu le bonheur ;

26 Ils passent comme les navires de jonc, Comme l'aigle qui fond sur sa proie.

27 Si je dis : Je veux oublier mes souffrances, Laisser ma tristesse, reprendre courage,

28 Je suis effrayé de toutes mes douleurs. Je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent.

29 Je serai jugé coupable ; Pourquoi me fatiguer en vain ?

30 Quand je me laverais dans la neige, Quand je purifierais mes mains avec du savon,

31 Tu me plongerais dans la fange, Et mes vêtements m'auraient en horreur.

32 Il n'est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde, Pour que nous allions ensemble en justice.

33 Il n'y a pas entre nous d'arbitre, Qui pose sa main sur nous deux.

34 Qu'il retire sa verge de dessus moi, Que ses terreurs ne me troublent plus ;

35 Alors je parlerai et je ne le craindrai pas. Autrement, je ne suis point à moi-même.

Chapitre 10

1 Mon âme est dégoûtée de la vie ! Je donnerai cours à ma plainte, Je parlerai dans l'amertume de mon âme.

2 Je dis à Dieu : Ne me condamne pas ! Fais-moi savoir pourquoi tu me prends à partie !

3 Te paraît-il bien de maltraiter, De repousser l'ouvrage de tes mains, Et de faire briller ta faveur sur le conseil des méchants ?

4 As-tu des yeux de chair, Vois-tu comme voit un homme ?

5 Tes jours sont-ils comme les jours de l'homme, Et tes années comme ses années,

6 Pour que tu recherches mon iniquité, Pour que tu t'enquières de mon péché,

7 Sachant bien que je ne suis pas coupable, Et que nul ne peut me délivrer de ta main ?

8 Tes mains m'ont formé, elles m'ont créé, Elles m'ont fait tout entier... Et tu me détruirais !

9 Souviens-toi que tu m'as façonné comme de l'argile ; Voudrais-tu de nouveau me réduire en poussière ?

10 Ne m'as-tu pas coulé comme du lait ? Ne m'as-tu pas caillé comme du fromage ?

11 Tu m'as revêtu de peau et de chair, Tu m'as tissé d'os et de nerfs ;

12 Tu m'as accordé ta grâce avec la vie, Tu m'as conservé par tes soins et sous ta garde.

13 Voici néanmoins ce que tu cachais dans ton cœur, Voici, je le sais, ce que tu as résolu en toi-même.

14 Si je pèche, tu m'observes, Tu ne pardonnes pas mon iniquité.

15 Suis-je coupable, malheur à moi ! Suis-je innocent, je n'ose lever la tête, Rassasié de honte et absorbé dans ma misère.

16 Et si j'ose la lever, tu me poursuis comme un lion, Tu me frappes encore par des prodiges.

17 Tu m'opposes de nouveaux témoins, Tu multiplies tes fureurs contre moi, Tu m'assailles d'une succession de calamités.

18 Pourquoi m'as-tu fait sortir du sein de ma mère ? Je serais mort, et aucun œil ne m'aurait vu ;

19 Je serais comme si je n'eusse pas existé, Et j'aurais passé du ventre de ma mère au sépulcre.

20 Mes jours ne sont-ils pas en petit nombre ? Qu'il me laisse, Qu'il se retire de moi, et que je respire un peu,

21 Avant que je m'en aille, pour ne plus revenir, Dans le pays des ténèbres et de l'ombre de la mort,

22 Pays d'une obscurité profonde, Où règnent l'ombre de la mort et la confusion, Et où la lumière est semblable aux ténèbres.

 

Commentaires

Trop d’anxiété conduirait à la désespérance et obstruerait même le chemin vers Dieu.

Tout au long de notre lecture méditative du fameux livre de Job, nous pouvons remarquer que l’hypothèse de la soi-disant justice divine de rétribution est vraiment mise en exergue, et nous constatons cela très explicitement surtout dans les interventions des amis de Job. C’est sans doute comme nous le savons déjà la question qui est au cœur du débat à propos du malheur qui sévit sévèrement sur la maison de Job. Mais au chapitre neuf et dix, la  pertinence du débat prend une autre envergure significative avec la persistance de Job dans la réclame de son innocence. Du fond de son cœur, Job ne reconnait vraiment pas avoir commis ce pire péché du monde qui lui ferait mériter cette soi-disant juste rétribution divine, impitoyable et soudaine. Peut-on avoir raison devant Dieu? Peut-on être innocent devant lui ? Pourquoi pas ! D’une part, on peut donner à Job lorsqu’il réclame un juge neutre et juste pour prouver qu’il est en train d’écoper la conséquence logique de ses péchés. C’est une aberration de dire que Dieu nous traite toujours selon nos actes et selon notre conduite.

Les projets de Dieu sont bien souvent différents des projets de l’homme, différents de ce que l’homme peut penser, de ce que l’homme peut imaginer. Toutefois, il tient à cœur notre intérêt, la preuve en est ce fameux dicton qui est très courant dans nos expressions : tout est bien qui fini bien, avec Dieu tout finira toujours bien. Que ce soit dans un futur proche ou lointain, tout finira bien avec Dieu. Il n’intervient pas dans notre vie forcement en fonction de nos agissements, ses projets ne sont pas forcement les notre, ses pensées ne sont pas forcement nos pensées comme nous le dira clairement le prophète Isaïe. (Cf. Is 55:8-9) Dieu est l’Être seul à connaitre et à maîtriser le début et la fin des choses, tandis que les humains ne peuvent maîtriser qu’une infime partie du maintenant et connaitre un tout petit peu du futur, et même du futur proche. C’est encore Dieu seul qui maitrise parfaitement le pourquoi des choses, l’humain malgré sa sagesse tâtonne encore sans grande certitude.

Certes, notre chemin peux parfois être tortueux et pénible, mais lorsqu’il peut (doit) nous conduire jusqu’au bout de notre rêve, jusqu’au bout de désir et de notre souhait, jusqu’au bout de notre destinée, il  y a de quoi patienter, endurer afin de pouvoir aussi se réjouir un jour. En tant qu’être fragile et vulnérable, notre souhait profond et vrai serait sans doute, d’avoir une vie calme, paisible, belle, moins agitée et si possible sans peine. Mais faut-il vraiment que la vie soit absolument parfaite pour être belle et bien vécue ? Les moments difficiles de la vie ne sont pas que peine nous dira Saint Jacques ; ces moments nous enseignent aussi quelque chose sur l’endurance et sur la perfection qui se réaliser dans l’épreuve. Cf. Jacques 1 :2-4 Par les épreuves de la vie, Dieu nous permet d’une part de comprendre et d’acquérir du sens, surtout si nous avons la foi et reposons notre confiance en lui.

En somme, je dirai qu’il y a vraiment moyen de déverser notre cœur quand il est gros et en désarroi, mais que cela soit fait avec sagesse et humilité, même si nous nous jugeons en droit de réclamer que justice soit faite. Par contre c’est aussi possible de se réjouir même pendant les moments difficiles de la vie. Je conclurais sur ces fameuses parole édifiantes de notre cher Apôtre Paul qui dit : « Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète ; réjouissez-vous. Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâce, faites connaitre vos demandes à Dieu, et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ. »  AMEN ! cf. Phil. 4 :4-7.

Le Livre de Job

N° 8 du 18 novembre 2012

Job, 11 - 12:13

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 11

1 Tsophar de Naama prit la parole et dit :

2 Cette multitude de paroles ne trouvera-t-elle point de réponse, Et suffira-t-il d'être un discoureur pour avoir raison ?

3 Tes vains propos feront-ils taire les gens ? Te moqueras-tu, sans que personne te confonde ?

4 Tu dis : Ma manière de voir est juste, Et je suis pur à tes yeux.

5 Oh ! Si Dieu voulait parler, S'il ouvrait les lèvres pour te répondre,

6 Et s'il te révélait les secrets de sa sagesse, De son immense sagesse, Tu verrais alors qu'il ne te traite pas selon ton iniquité.

7 Prétends-tu sonder les pensées de Dieu, Parvenir à la connaissance parfaite du Tout Puissant ?

8 Elle est aussi haute que les cieux : que feras-tu ? Plus profonde que le séjour des morts : que sauras-tu ?

9 La mesure en est plus longue que la terre, Elle est plus large que la mer.

10 S'il passe, s'il saisit, S'il traîne à son tribunal, qui s'y opposera ?

11 Car il connaît les vicieux, Il voit facilement les coupables.

12 L'homme, au contraire, a l'intelligence d'un fou, Il est né comme le petit d'un âne sauvage.

13 Pour toi, dirige ton cœur vers Dieu, Étends vers lui tes mains,

14 Éloigne-toi de l'iniquité, Et ne laisse pas habiter l'injustice sous ta tente.

15 Alors tu lèveras ton front sans tache, Tu seras ferme et sans crainte ;

16 Tu oublieras tes souffrances, Tu t'en souviendras comme des eaux écoulées.

17 Tes jours auront plus d'éclat que le soleil à son midi, Tes ténèbres seront comme la lumière du matin,

18 Tu seras plein de confiance, et ton attente ne sera plus vaine ; Tu regarderas autour de toi, et tu reposeras en sûreté.

19 Tu te coucheras sans que personne ne trouble, Et plusieurs caresseront ton visage.

 20 Mais les yeux des méchants seront consumés ; Pour eux point  de refuge ; La mort, voilà leur espérance !

Chapitre 12

1 Job prit la parole et dit :

2 On dirait, en vérité, que le genre humain c'est vous, Et qu'avec vous doit mourir la sagesse.

3 J'ai tout aussi bien que vous de l'intelligence, moi, Je ne vous suis point inférieur ; Et qui ne sait les choses que vous dites ?

4 Je suis pour mes amis un objet de raillerie, Quand j'implore le secours de Dieu ; Le juste, l'innocent, un objet de raillerie !

5 Au malheur le mépris ! C'est la devise des heureux ; À celui dont le pied chancelle est réservé le mépris.

6 Il y a paix sous la tente des pillards, Sécurité pour ceux qui offensent Dieu, Pour quiconque se fait un dieu de sa force.

7 Interroge les bêtes, elles t'instruiront, Les oiseaux du ciel, ils te l'apprendront ;

8 Parle à la terre, elle t'instruira ; Et les poissons de la mer te le raconteront.

9 Qui ne reconnaît chez eux la preuve Que la main de l'Éternel a fait toutes choses ?

10 Il tient dans sa main l'âme de tout ce qui vit, Le souffle de toute chair d'homme.

11 L'oreille ne discerne-t-elle pas les paroles, Comme le palais savoure les aliments ?

12 Dans les vieillards se trouve la sagesse, Et dans une longue vie l'intelligence.

13 En Dieu résident la sagesse et la puissance. Le conseil et l'intelligence lui appartiennent

 

Commentaires

Justice et Toute Puissance de Dieu. 

C’est ici au onzième chapitre que le lecteur va découvrir Tsophar, le troisième et dernier personnage d’entre les trois amis venus sympathiser avec le miséreux Job. Comme Elifaz et Bildad les deux premiers à intervenir, Tsophar va tenir le même langage que ces derniers pour ce qui est de la situation malheureuse de leur commun ami Job et la présumée juste attitude de Dieu qui serait, selon la loi de la fameuse rétribution divine, à la base du déclanchement du malheur qui sévit impitoyablement sur la maison de Job. Comparativement aux interventions respectives d’Elifaz et Bildad, Tsophar se montrera d’ailleurs plus poignant et voire intolérant envers son ami Job par ses critiques et ses reproches. De manière plus ou moins véhémente et un peu moins prudente, Tsophar critique et blâme sans ménagement les complaintes et lamentations de Job, soit, le comportement pleurnicheur ou bien farfelu de celui-ci. Il lui reproche de vouloir passer pour quelqu’un qui aime se plaindre et se faire entendre sans juste cause « … Tu railles sans qu’on te fasse honte. » Mais en fait, sans même la moindre preuve, Tsophar accuse Job de faussetés parce qu’il a osé contester l’étiquette de justice que les trois amis veulent coller à Dieu, notamment celle d’un Dieu vindicatif et revanchard, celle du Dieu de la justice de rétribution par excellence.

Toutefois, si le comportement de Job devrait à la rigueur passer réellement pour celui d’un contestataire; sa contestation ne serait pas pour autant contre le Dieu bien sûr Juste et Tout Puissant mais plutôt contre ce dieu de rétribution qui déploie toute sa puissance contre l’être faible et intègre comme Job lui-même, qui en âme et bonne conscience se reconnait et se revendique quitte envers les autres et peut être même envers Dieu aussi. Mais malheureusement pour Job, son ami Tsophar trouve que cette auto-reconnaissance d’innocence de Job n’est rien d’autre qu’une vaine et pure prétention humaine. Sans égards et sans ambages, Tsophar déclare même que Job n’est même pas encore châtié à la mesure de ce qu’il devrait mériter. Du moins c’est ce que peut nous laisser entendre les versets 5 et 6 du chapitre 11. « Ah ! Si seulement Dieu intervenait, s’il desserrait les lèvres pour te parler, s’il t’apprenait les secrets de la sagesse, car ils déroutent l’entendement, alors tu saurais que Dieu oublie une part de tes crimes. »

Mais quoi d’autre de moins sympathique qu’une personne peut encore recevoir d’un ami que ces paroles moins aimables, décourageantes, offensives, et voire même insolentes? Dès lors, il ne serait donc pas disproportionné si l’on trouvait la considération de Tsophar désappropriée, un peu maladroite, peut-être un peu démesurée et peut être aussi moins honnête. Cette considération susciterait d’ailleurs un émoi profond et fondamental, celui de vouloir se plier devant la Toute Puissance de Dieu et proclamer sa justice, simplement  parce qu’Il est le plus fort et que l’homme ne peut rien contre Lui. S’il en donc vraiment ainsi, le Dieu de Tsophar et de ses deux autres amis ne serait même pas un dieu de la juste rétribution mais plutôt un dieu arbitraire qui ne peut mettre au-devant que la fameuse raison du plus fort. Ce genre de Dieu n’est pas le Dieu en qui Job croit et devant qui il entend étaler sa misère, réclamer son innocence et éventuellement son acquittement.

Le Dieu de Job serait plutôt un Dieu bien, que Tout Puissant et bien sûr Juste, écoute lamentations de ses enfants, les plaintes des innocents et même les supplications des coupables. C’est un qui exauce les prières mais surtout c’est un Dieu qui trouve toujours une place pour le pardon et la miséricorde dans sa Justice. Et cela se résume en cette belle parole de réplique de Job à ses amis : « Êtes-vous donc les seuls hommes, et la sagesse mourra-t-elle avec vous? J'ai du sens aussi bien que vous, et je ne vous suis pas inférieur; car qui donc ignore ce que vous savez ? » (cf. Job 12 :2-3) Cependant, il convient de noter que le discours de Tsophar n’est pas que reproche contre Job, Tsophar il fait montre aussi d’un déballage de la grandeur Dieu qui est vrai. N’eut été son acharnement sans preuve et un peu aveugle contre Job, nous pouvons aussi tirer du discours de Tsophar une bonne leçon de morale qui nous mettrait en garde contre toute vanité humaine en nous prévenant d’être vigilant vis-à-vis d’un certain sentiment d’orgueil qui peut nous guetter à tout moment lorsque nous nous sentons très sûr de nous-mêmes. Certes c’est possible d’être sûr de soi, mais Dieu est sûr même de nos « in-sûretés ».

 

Le Livre de Job

N° 9 du 25 novembre 2012

Job, 12:14 - 13:19

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 12

14 Ce qu'il renverse ne sera point rebâti, Celui qu'il enferme ne sera point délivré.

15 Il retient les eaux et tout se dessèche ; Il les lâche, et la terre en est dévastée.

16 Il possède la force et la prudence ; Il maîtrise celui qui s'égare ou fait égarer les autres.

17 Il emmène captifs les conseillers ; Il trouble la raison des juges.

18 Il délie la ceinture des rois, Il met une corde autour de leurs reins.

19 Il emmène captifs les sacrificateurs ; Il fait tomber les puissants.

20 Il ôte la parole à ceux qui ont de l'assurance ; Il prive de jugement les vieillards.

21 Il verse le mépris sur les grands ; Il relâche la ceinture des forts.

22 Il met à découvert ce qui est caché dans les ténèbres, Il produit à la lumière l'ombre de la mort.

23 Il donne de l'accroissement aux nations, et il les anéantit ; Il les étend au loin, et il les ramène dans leurs limites.

24 Il enlève l'intelligence aux chefs des peuples, Il les fait errer dans les déserts sans chemin ;

25 Ils tâtonnent dans les ténèbres, et ne voient pas clair ; Il les fait errer comme des gens ivres.

Chapitre 13

1 Voici, mon œil a vu tout cela, Mon oreille l'a entendu et y a pris garde.

2 Ce que vous savez, je le sais aussi, Je ne vous suis point inférieur.

3 Mais je veux parler au Tout Puissant, Je veux plaider ma cause devant Dieu ;

4 Car vous, vous n'imaginez que des faussetés, Vous êtes tous des médecins de néant.

5 Que n'avez-vous gardé le silence ? Vous auriez passé pour avoir de la sagesse.

6 Écoutez, je vous prie, ma défense, Et soyez attentifs à la réplique de mes lèvres.

7 Direz-vous en faveur de Dieu ce qui est injuste, Et pour le soutenir alléguerez-vous des faussetés ?

8 Voulez-vous avoir égard à sa personne ? Voulez-vous plaider pour Dieu ?

9 S'il vous sonde, vous approuvera-t-il ? Ou le tromperez-vous comme on trompe un homme ?

10 Certainement il vous condamnera, Si vous n'agissez en secret que par égard pour sa personne.

11 Sa majesté ne vous épouvantera-t-elle pas ? Sa terreur ne tombera-t-elle pas sur vous ?

12 Vos sentences sont des sentences de cendre, Vos retranchements sont des retranchements de boue.

13 Taisez-vous, laissez-moi, je veux parler ! Il m'en arrivera ce qu'il pourra.

14 Pourquoi saisirais-je ma chair entre les dents ? J'exposerai plutôt ma vie.

15 Voici, il me tuera ; je n'ai rien à espérer ; Mais devant lui je défendrai ma conduite.

16 Cela même peut servir à mon salut, Car un impie n'ose paraître en sa présence.

17 Écoutez, écoutez mes paroles, Prêtez l'oreille à ce que je vais dire.

18 Me voici prêt à plaider ma cause ; Je sais que j'ai raison.

19 Quelqu'un disputera-t-il contre moi ? Alors je me tais, et je veux mourir.

 

Commentaires

Les expériences quotidiennes comme source de lecture interprétative de la vie.

Toujours dans un même sens d’analyse et d’interprétation des expériences quotidiennes, le quatrième discours de Job va basculer de l’observation minutieuse du comportement des humains à l’interprétation un peu prétentieuse mais aussi aléatoire de l’action divine. Tandis que certaines voix s’élèvent pour trouver dans la deuxième séquence du quatrième discours de Job une généreuse et noble définition du pouvoir divin, de la sagesse et de la souveraineté de Dieu dans la gestion de la création, d’autres par contre feront plutôt une analyse descriptive d’un pouvoir arbitraire voire anarchique d’un chef despote et tout puissant, comme nous pouvons lire et le constater aux versets 15 et 23 du chapitre 12 : « … S’Il retient les eaux, c’est la sécheresse ; s’il les déchaine, elles ravagent la terre. Il grandit les nations, puis les ruine, il laisse s’étendre les nations puis les déportent. » . Bien que ces constatations de la vie quotidienne font l’unanimité entre Job et ses trois amis comme nous pouvons le constater aux versets 1et 2 du chapitre 13 : « Oui, tout cela, mon œil l’a vu, mon oreille l’a entendu et compris. » Ce que vous savez mes chers amis, moi aussi je le sais en conclura Job. Mais, heureusement ou malheureusement les conclusions que chacune des parties en tirera de ces expériences sont très différentes.

Tandis les amis de Job défendent la thèse d’un Dieu juste et tout puissant mais surtout qui n’agit que pour rétribuer l’homme, donc doit faire peur ; Job défend la même cause du Dieu juste et tout puissant mais qui acquitte et justifie. Job trouvera l’attitude de ses amis un peu hypocrite, parce que leurs propos font montre d’un faux et léger vernissage de la justice de Dieu. Vous n’êtes que des « plâtriers de mensonges » lâchera Job à ses trois amis. Il les met en garde en déclarant qu’on ne peut jamais se jouer de Dieu comme on pourrait le faire avec les humains. Dieu sait tout, et nul ne peut prétendre prendre son parti ou, prétendre défendre sa cause « en parlant en fourbes ou encore en débitant des tromperies. » Pour Job, l’obéissance ou la soumission à la volonté de Dieu ne doit pas se faire dans la peur de Dieu mais plutôt dans la confiance en Lui. Pour cette, l’enfant de Dieu se doit d’une part être aussi capable de défendre sa conduite devant Dieu s’il croit fermement avoir bien agi envers ses frères et sœurs. Si une telle démarche s’avèrerait prétentieuse et risquée, Job serait prêt à prendre ce risque et qu’advienne ce que pourra. « Je vais saisir ma chair entre mes dents, et risquer mon va-tout. Certes il me tuera, mais je veux bien défendre ma conduite devant Lui. » Mais quelle audace de foi ! Quel courage ! Quelle confiance en soi mais surtout en Dieu de la part de Job!

N’est-ce pas là une invitation que Job lance à tous les croyants ? D’abord à bien agir dans la vie et puis après être prêt à se présenter sans peur devant le Dieu de la justice, le Dieu de la toute puissance. Si pour les amis de Job, l’image de Dieu est celle d’un tout puissant contre qui l’homme ne peut, l’audace de Job me fait croire que l’Homme serait aussi l’être contre qui Dieu ne peut rien également lorsque ce dernier veut se présenter devant Lui en toute vérité, en toute confiance, en toute humilité et en toute franchise pour défendre son agissement. Et comme il y a toujours des Çofar dans le monde et qui vous diront qu’une telle attitude envers Dieu ne peut être qu’une simple prétention humaine ; en toute humilité, il y a lieu de répondre simplement que c’est plutôt une audace de la foi comme Saint Paul, l’Apôtre des Gentils en avait d’ailleurs eu avant nous lorsqu’il déclare: « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Dès maintenant m’est réservée la couronne de justice qu’en retour me donnera le Seigneur, en ce jour-là, Lui le juste juge ; et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé sa manifestation. » cf. 2 Timothée 4 :7-8 Faisons le bon combat de la foi, et puis pourquoi ne pas se voir en droit de recevoir la couronne de justice divine ?

Le Livre de Job

N° 10 du 2 décembre 2012

Job, 13:20 - 14

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 13

20 Seulement, accorde-moi deux choses Et je ne me cacherai pas de loin de ta face :

21 Retire ta main de dessus moi, Et que tes terreurs ne me troublent plus.

22 Puis appelle, et je répondrai, Ou si je parle, réponds-moi !

23 Quel est le nombre de mes iniquités et de mes péchés ? Fais-moi connaître mes transgressions et mes péchés.

24 Pourquoi caches-tu ton visage, Et me prends-tu pour ton ennemi ?

25 Veux-tu frapper une feuille agitée ? Veux-tu poursuivre une paille desséchée ?

26 Pourquoi m'infliger d'amères souffrances, Me punir pour des fautes de jeunesse ?

27 Pourquoi mettre mes pieds dans les ceps, Surveiller tous mes mouvements,

Tracer une limite à mes pas,

28 Quand mon corps tombe en pourriture, Comme un vêtement que dévore la teigne ?

 

Chapitre 14

 

1 L'homme né de la femme ! Sa vie est courte, sans cesse agitée.

2 Il naît, il est coupé comme une fleur ; Il fuit et disparaît comme une ombre.

3 Et c'est sur lui que tu as l'œil ouvert ! Et tu me fais aller en justice avec toi !

4 Comment d'un être souillé sortira-t-il un homme pur ? Il n'en peut sortir aucun.

5 Si ses jours sont fixés, si tu as compté ses mois, Si tu en as marqué le terme qu'il ne saurait franchir,

6 Détourne de lui les regards, et donne-lui du relâche, Pour qu'il ait au moins la joie du mercenaire à la fin de sa journée.

7 Un arbre a de l'espérance : Quand on le coupe, il repousse, Il produit encore des rejetons ;

8 Quand sa racine a vieilli dans la terre, Quand son tronc meurt dans la poussière,

9 Il reverdit à l'approche de l'eau, Il pousse des branches comme une jeune plante.

10 Mais l'homme meurt, et il perd sa force ; L'homme expire, et où est-il ?

11 Les eaux des lacs s'évanouissent, Les fleuves tarissent et se dessèchent ;

12 Ainsi l'homme se couche et ne se relèvera plus, Il ne se réveillera pas tant que les cieux subsisteront, Il ne sortira pas de son sommeil.

13 Oh ! Si tu voulais me cacher dans le séjour des morts, M'y tenir à couvert jusqu'à ce que ta colère fût passée, Et me fixer un terme auquel tu te souviendras de moi !

14 Si l'homme une fois mort pouvait revivre, J'aurais de l'espoir tout le temps de mes souffrances, Jusqu'à ce que mon état vînt à changer.

15 Tu appellerais alors, et je te répondrais, Tu languirais après l'ouvrage de tes mains.

16 Mais aujourd'hui tu comptes mes pas, Tu as l'œil sur mes péchés ;

17 Mes transgressions sont scellées en un faisceau, Et tu imagines des iniquités à ma charge.

18 La montagne s'écroule et périt, Le rocher disparaît de sa place,

19 La pierre est broyée par les eaux, Et la terre emportée par leur courant ; Ainsi tu détruis l'espérance de l'homme.

20 Tu es sans cesse à l'assailli,r et il s'en va ; Tu le défigures, puis tu le renvoies.

21 Que ses fils soient honorés, il n'en sait rien ; Qu'ils soient dans l'abaissement, il l'ignore.

22 C'est pour lui seul qu'il éprouve de la douleur en son corps, C'est pour lui seul qu'il ressent de la tristesse en son âme.

 

Commentaires

La pénitence trouve son vrai sens dans une reconnaissance sincère de ses fautes et de ses péchés.

Si Job est puni à cause de ses fautes comme, dès le début, ses amis ont voulu lui faire croire, Job pour sa part est plus que jamais déterminé à rechercher ces fautes qu’il aurait commises et dont il n’a aucun souvenir et que, même ceux qui l’inculpent sont aussi incapables de fournir la moindre preuve. Ces fautes remonteraient-elles jusqu’à la jeunesse de Job ? Ou bien même jusqu’à son enfance ? Et même si cela s’avérait vrai, Dieu serait-il aussi scrupuleux et rancunier pour recourir à des faits d’un passé aussi lointain de la vie de l’Homme? Dans tous les cas, Job ne se souvient d’aucune faute grave qui mériterait une punition aussi cruelle et impitoyable : si oui, que Dieu lui-même le prouve, car Job trouve que Dieu ne devrait pas avoir une raison quelconque de garder silence dans des situations de détresses et de souffrances atroces, dérober sa femme sème la confusion totale et peut conduire au découragement ceux qui ont mis toute leur confiance en lui (Cf. Jb13:24). « La certitude qu’il (Job) a de son bon droit est telle qu’il laisse à Dieu le choix de la procédure : Il (Dieu) peut se présenter comme accusateur. »[1] Quoi qu’il en soit, Job se demande d’ailleurs pour quel motif ou bien pour quel intérêt Dieu se serait jeté dans cette chasse perpétuelle à l’Homme, cette poursuite incessante qui cherche à traquer cet être fragile comparable à une feuille d’arbre morte? Comment et pourquoi l’être humain peut-il devenir la cible de Dieu pour être traité comme un ennemi ?

D’une part, Job admet et concède qu’un arbre, même après être coupé, a toujours de l’espoir; il suffit qu’il ait encore ses racines dans l’eau et il bourgeonne de nouveau, se rajeunit et fait ramure neuve comme un jeune plant (cf. Job 4 :7-9), d’autre part,  combien de fois l’Homme, même coupé aussi de ses « branches » pourrait également resurgir et rebondir dans la vie si seulement il pouvait lui aussi trouver la source qui alimente sa vie. N’avons-nous pas vu des hommes et des femmes faire, après un long temps de détresse, de maladie ou bien d’une crise (financière ou psychique), un rebond impressionnant et miraculeux ? On dira oui peut-être, mais lorsqu’il s’agit de la mort, considérée par beaucoup (même certains chrétiens) comme la ligne infranchissable, que se passe-t-il ? Peut-on aussi parler de rebondissement  ou bien ramure neuve ? Peut-on rêver d’un quelconque re-bourgeonnement ou un rajeunissement de l’être humain ? Ma foi me conduit à répondre par l’affirmative.

Ce n’est pas seulement l’arbre qui est amputé de ses branches qui re-bourgeonne, mais son fruit tombé à terre meurt et donne naissance à un nouveau plant de la même espèce. Et pour l’espèce humaine, Jésus est l’exemple et la preuve parfaite que la mort n’a pas le dernier mot pour qui met sa foi dans le Dieu de la vie. Jésus a vécu parmi nous, il a connu la souffrance et la mort, et trois jours après, nos prédécesseurs dans la foi ont chanté « Alléluia » parce qu’il était encore Vivant. Il s’est manifesté à beaucoup d’entre eux comme le témoigne l’Apôtre Paul : « Frères et sœurs chrétiens, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée. Vous l’avez reçue, et aujourd’hui encore, vous êtes attachés à elle. Cette Bonne Nouvelle vous sauve, si vous la gardez comme je vous l’ai annoncée, sinon, votre foi ne sert à rien. (…) On l’a mis au tombeau, et le troisième jour, Dieu l’a réveillé de la mort, comme les Livres Saints l’avaient annoncé. Il s’est montré à Pierre puis aux douze apôtres. Ensuite, il s’est montré à plus de 500 frères et sœurs à la fois. Presque tous sont encore vivants, quelques-uns sont morts. Ensuite, il s’est montré à Jacques, puis à tous les apôtres. Finalement, après les autres, il s’est montré à moi aussi, à moi qui le méritais le moins. (…) En tout cas, que cela vienne de moi ou d’eux, voilà la Bonne Nouvelle que nous annonçons et voilà ce que vous avez cru » (cf. 1 Corinthiens 15.1-11). Prends un temps de silence et réponds à cette question de l’Apôtre Paul : À quoi sert ma foi ?


[1] Jean Radermakers, Dieu, Job et la Sagesse, Éditions Lessius, Bruxelles, 1998, p.120.

Le Livre de Job

N° 11 du 9 décembre 2012

Job, 15 - 16:5

Par le Père Jean Djosir smmm

 

 Chapitre 15

1 Éliphaz de Théman prit la parole et dit :

2 Le sage répond-il par un vain savoir ? Se gonfle-t-il la poitrine du vent d'orient ?

3 Est-ce par d'inutiles propos qu'il se défend ? Est-ce par des discours qui ne servent à rien ?

4 Toi, tu détruis même la crainte de Dieu, Tu anéantis tout mouvement de piété devant Dieu.

5 Ton iniquité dirige ta bouche, Et tu prends le langage des hommes rusés.

6 Ce n'est pas moi, c'est ta bouche qui te condamne. Ce sont tes lèvres qui déposent contre toi.

7 Es-tu né le premier des hommes ? As-tu été enfanté avant les collines ?

8 As-tu reçu les confidences de Dieu ? As-tu dérobé la sagesse à ton profit ?

9 Que sais-tu que nous ne sachions pas ? Quelle connaissance as-tu que nous n'ayons pas ?

10 Il y a parmi nous des cheveux blancs, des vieillards, Plus riches de jours que ton père.

11 Tiens-tu pour peu de chose les consolations de Dieu, Et les paroles qui doucement se font entendre à toi ?...

12 Où ton cœur t'entraîne-t-il, Et que signifie ce roulement de tes yeux ?

13 Quoi ! c'est contre Dieu que tu tournes ta colère Et que ta bouche exhale de pareils discours !

14 Qu'est-ce que l'homme, pour qu'il soit pur ? Celui qui est né de la femme peut-il être juste ?

15 Si Dieu n'a pas confiance en ses saints, Si les cieux ne sont pas purs devant lui,

16 Combien moins l'être abominable et pervers, L'homme qui boit l'iniquité comme l'eau !

17 Je vais te parler, écoute-moi ! Je raconterai ce que j'ai vu,

18 Ce que les sages ont fait connaître, Ce qu'ils ont révélé, l'ayant appris de leurs pères.

19 A eux seuls appartenait le pays, Et parmi eux nul étranger n'était encore venu.

20 Le méchant passe dans l'angoisse tous les jours de sa vie, Toutes les années qui sont le partage de l'impie.

21 La voix de la terreur retentit à ses oreilles ; Au sein de la paix, le dévastateur va fondre sur lui ;

22 Il n'espère pas échapper aux ténèbres, Il voit l'épée qui le menace ;

23 Il court çà et là pour chercher du pain, Il sait que le jour des ténèbres l'attend.

24 La détresse et l'angoisse l'épouvantent, Elles l'assaillent comme un roi prêt à combattre ;

25 Car il a levé la main contre Dieu, Il a bravé le Tout Puissant,

26 Il a eu l'audace de courir à lui Sous le dos épais de ses boucliers.

27 Il avait le visage couvert de graisse, Les flancs chargés d'embonpoint ;

28 Et il habite des villes détruites, Des maisons abandonnées, Sur le point de tomber en ruines.

29 Il ne s'enrichira plus, sa fortune ne se relèvera pas, Sa prospérité ne s'étendra plus sur la terre.

30 Il ne pourra se dérober aux ténèbres, La flamme consumera ses rejetons, Et Dieu le fera périr par le souffle de sa bouche.

31 S'il a confiance dans le mal, il se trompe, Car le mal sera sa récompense.

32 Elle arrivera avant le terme de ses jours, Et son rameau ne verdira plus.

33 Il sera comme une vigne dépouillée de ses fruits encore verts, Comme un olivier dont on a fait tomber les fleurs.

34 La maison de l'impie deviendra stérile, Et le feu dévorera la tente de l'homme corrompu.

35 Il conçoit le mal et il enfante le mal, Il mûrit dans son sein des fruits qui le trompent.

Chapitre 16

1 Job prit la parole et dit :

2 J'ai souvent entendu pareilles choses ; Vous êtes tous des consolateurs fâcheux.

3 Quand finiront ces discours en l'air ? Pourquoi cette irritation dans tes réponses ?

4 Moi aussi, je pourrais parler comme vous, Si vous étiez à ma place : Je vous accablerais de paroles, Je secouerais sur vous la tête,

5 Je vous fortifierais de la bouche, Je remuerais les lèvres pour vous soulager.

 

Commentaires

Brave-t-on les interdits divins lorsqu’on interpelle Dieu en prière ? 

Avec cette deuxième intervention d’Elifaz, nous entrons dans ce que certains exégètes qualifient de deuxième cycle de dialogue entre Job et ses amis venus sympathiser avec lui. Comme dans la série des premières interventions, c’est encore Elifaz le premier à prendre la parole. Curieusement, son deuxième discours ne sera pas très différent du premier, à savoir : L’humain souffre, toujours à cause des fautes qu’il a commises et rien de cela ne peut passer inaperçu devant la justice de Dieu. Et puisque Elifaz semble être convaincu de la perversion perpétuelle de l’Homme, de sa dépravation et de son impiété indubitable, Dieu punit dès lors celui-ci par la simple justice de rétribution. On a là l’impression de buter sur le même point. Pour cette raison Job ne va pas par quatre chemins dans sa prise de parole pour exprimer son désagrément : « J’en ai entendu beaucoup sur ce ton, en fait de consolateurs, vous êtes tous désolants  » (Job 16 :2). Sans toutefois chercher à lire entre les lignes du deuxième dialogue d’Elifaz, le passage de ‘consolateurs’ aux ‘désolants’ nous saute aux yeux, à voir juste les moqueries et les ironies sarcastiques qui se mêlent dans son discours.

Elifaz s’avèrera même un peu démesuré dans ses propos. Injustement, il accuse Job de manquer de crainte ou bien à la rigueur de manquer de respect pour l’Éternel Dieu de Justice, pour le simple fait que Job clame son innocence et son intégrité. Ce comportement de Job ne va pas susciter chez ses amis un sentiment de sympathie comme espéré, mais plutôt celui d’un certain agacement, d’une certaine exaspération mais aussi de crispation chez ces derniers. C’est vraiment dommage pour le pauvre et miséreux Job qui ne doit plus attendre ou espérer grand’ chose de ses amis dans ce sens-là. En fait, peut-on dire qu’il serait vraiment inapproprié religieusement d’interpeller Dieu lorsqu’on est éprouvé ? Ou bien encore serait-ce une manière de braver les interdits du Tout Puissant ? Personnellement je crois que non; Dieu est notre infatigable secours sur qui nous pouvons compter à tout moment.

Même s’il peut s’avérer qu’Il permette que certaines situations malheureuses ou indésirables atteignent et touchent profondément ses protégés, ce ne serait pas pour autant un acte de vengeance contre les humains moins encore un règlement de compte. Dieu ne sait pas et ne peut pas rester impassible devant l’humain lorsque celui-ci traverse des situations pénibles bouleversantes, Dieu ne sait pas et ne peut être apathique lorsque nous lui lançons nos cris de détresse. Dieu est avec nous dans nos moments de joie et de peine. Et comme d’habitude, il nous arrive de nous réjouir et de rendre grâce souvent lorsque tout va bien dans la vie, mais Saint Paul nous enseigne aussi l’autre attitude qu’il faut adopter lorsqu’il arrivera que les choses aillent mal dans notre vie. En tant que croyants, nous devons être toujours « JOYEUX DANS NOTRE ESPERANCE, PATIENTS DANS LES MOMENTS DE DÉTRESSE, MAIS AUSSI ET SURTOUT PERSÉVÉRANTS DANS LA PRIÈRE » (cf. Rom. 12 :12).

S’il est vrai que « détresse et angoisse attendent le méchant au final, et que son engeance est stérile » il faudra tout de même se garder de juger très facilement et de conclure très vite que toute situation de détresse et d’angoisse n’est toujours et seulement que le reflet de la méchanceté de l’Homme. Avant tout jugement, il nous faut d’abord admettre que la souffrance est d’abord et avant tout un mystère qui n’est pas très facile à déceler. L’intelligence humaine et la sagesse populaire peuvent quelquefois nous aider à la comprendre en partie, mais elles ne nous ne permettent néanmoins pas de l’expliquer. Lorsque nous nous rendons auprès de nos frères et de nos sœurs qui souffrent, ne soyons pas très agiles par nos lèvres, à briller par notre intelligence, à faire étalage de notre sagesse tirée de nos expériences de la vie. Puissions-nous plutôt laisser parler notre cœur, car c’est ce dernier qui a l’intelligence sublime qui peut nous amener à nous mettre à la place de l’autre pour ressentir un peu ce que l’autre serait en train de traverser comme épreuve. C’est là la plus grande sagesse, la plus grande intelligence et la plus grande expérience; celle là même qui nous rapproche un peu des réalités mystérieuses et divines.

Le Livre de Job

N° 12 du 16 décembre 2012

Job, 16:6 - 17:5

Par le Père Jean Djosir smmm

 

 Chapitre 16

 

6 Si je parle, mes souffrances ne seront point calmées, si je me tais, en quoi seront-elles moindres ?

7 Maintenant, hélas ! il m'a épuisé... Tu as ravagé toute ma maison ;

8 Tu m'as saisi, pour témoigner contre moi ; ma maigreur se lève, et m'accuse en face.

9 Il me déchire et me poursuit dans sa fureur, il grince des dents contre moi, il m'attaque et me perce de son regard.

10 Ils ouvrent la bouche pour me dévorer, ils m'insultent et me frappent les joues, ils s'acharnent tous après moi.

11 Dieu me livre à la merci des impies, il me précipite entre les mains des méchants.

12 J'étais tranquille, et il m'a secoué, il m'a saisi par la nuque et m'a brisé, il a tiré sur moi comme à un but.

13 Ses traits m'environnent de toutes parts ; il me perce les reins sans pitié, il répand ma bile sur la terre.

14 Il me fait brèche sur brèche, il fond sur moi comme un guerrier.

15 J'ai cousu un sac sur ma peau ; j'ai roulé ma tête dans la poussière.

16 Les pleurs ont altéré mon visage ; l'ombre de la mort est sur mes paupières.

17 Je n'ai pourtant commis aucune violence, et ma prière fut toujours pure.

18 O terre, ne couvre point mon sang, et que mes cris prennent librement leur essor !

19 Déjà maintenant, mon témoin est dans le ciel, mon témoin est dans les lieux élevés.

20 Mes amis se jouent de moi ; c'est Dieu que j'implore avec larmes.

21 Puisse-t-il donner à l'homme raison contre Dieu, et au fils de l'homme contre ses amis !

22 Car le nombre de mes années touche à son terme, et je m'en irai par un sentier d'où je ne reviendrai pas.

Chapitre 17

 

1 Mon souffle se perd, mes jours s'éteignent, le sépulcre m'attend.

2 Je suis environné de moqueurs, et mon œil doit contempler leurs insultes.

3 Sois auprès de toi-même ma caution ; autrement, qui répondrait pour moi ?

4 Car tu as fermé leur cœur à l'intelligence ; aussi ne les laisseras-tu pas triompher.

5 On invite ses amis au partage du butin, et l'on a des enfants dont les yeux se consument. 

 

Commentaires

 Dieu : Défenseur-Bourreau (Bourreau-Défenseur) de Job

Le cinquième poème de Job laisse apparaître en filigrane l’image d’une personne dégoûtée ou bien même révoltée. Le ton de Job va monter d’un cran non seulement contre ses amis mais aussi contre Dieu lui-même. Si par leurs réactions et paroles plus ou moins aléatoires, moins convaincantes et peu rassurantes, les amis de Job sont devenus pour lui désolants plutôt que consolateurs, Dieu par son silence serait-il aussi passé du rang d’ami ou bien de bouclier de Job à celui d’un quelconque bourreau ? Prenant en considération certains propos de Job on pourrait être tenté de conclure très rapidement et répondre par l’affirmative. Même si cette réponse s’avérait hâtive, elle ne serait pas pour autant tout à fait illogique puisque Job dit clairement qu’il a été pris pour cible, qu’il est traité comme un ennemi par ceux sur qui il comptait, ceux-là qu’il croyait être ou bien devaient être pour lui des amis ( Cf. Job, 16 :13). Alors, comment ne pas se révolter ? Que peut-on encore lui reprocher lorsque sa langue se délie ? D’ailleurs, même s’il devait se taire comme le lui demandent ses amis, qu’est-ce cela devrait changer ? Puisque sa souffrance semble être interminable, et sa douleur semble avoir juré de ne pas se calmer, moins encore le quitter car ce sont les flèches de l’Éternel lui-même qui l’entourent, qui transpercent ses reins sans pitié et qui répandent à terre son fiel, nous dira Job.

Généralement, en tant qu’humains nous sommes facilement fascinés par ce qui frappe l’œil, juste comme la présumée révolte de Job semble apparaître de prime abord dans les seize premiers versets de notre fameux cinquième poème de Job. Mais le poème va prendre une tournure subtile, inaperçue et même insoupçonnée à partir du verset suivant. C’est pourtant là que se trouvent toutes les clés qui peuvent nous permettre de déceler et de comprendre le vrai sens de la réaction de Job: sa conviction, son assurance, mais surtout sa confiance et sa foi en son Dieu (qui, pour ses amis ne sont qu’une pure manifestation de son entêtement, de sa folie et de sa révolte contre le Tout Puissant). Pour comprendre le secret de la foi de Job, il suffit juste de voir qui Job va choisir comme avocat dans son procès contre Dieu. Si Dieu est Dieu, si Dieu est Juste, (et bien sûr Il l’est), et si c’est vraiment Lui qui persécute Job pour un quelconque crime, Job veut bien prendre le risque de choisir ce même Dieu persécuteur comme juge et avocat en même temps dans son procès. Ce n’est pas de l’ironie, ce n’est pas de la folie non plus, mais c’est plutôt le vrai sens de la confiance en la justice de Dieu, le vrai sens de la foi et de la confiance en Lui.

D’ailleurs, je dirai que même dans la société et la justice des hommes, si vraiment le juge peut être juste, et le juste vraiment juste, l’innocent n’a pas besoin d’avocat pour se présenter devant son juge, il n’aura jamais peur dans un quelconque procès même s’il s’avérait que son accusateur est aussi le juge dans le contentieux (s’il y en a un bien sûr). Très souvent, deux scénarios possibles planent dans un procès. Soit on est coupable et la conséquence de notre acte nous fait peur, soit on est innocent mais on doute de la justice du juge. Mais par contre si on est innocent et que le juge est juste, l’attitude de Job n’est pas étrange. Job est convaincu que le Dieu vers qui il se tourne, Celui-là même qu’il veut faire juge de son procès est un juste juge, et s’il est effectivement vrai que c’est ce même Dieu qui le persécute, Amen ! Que cela soit ainsi fait ! Qu’il soit persécuteur et juge en même temps ! Quant à moi, nous dira Job « Que la terre ne couvre pas mon sang et que ma clameur ne trouve point de refuge » (cf. Job 16:18). Mon avocat c’est Dieu, Lui qui défend l’Homme devant Dieu (cf. Job 16:21). En prenant cette option qui semblerait pour beaucoup un peu bête, Job reconnaît s’être engagé sur un chemin sans retour, mais ce n’est pas pour autant un chemin sans espérance. En s’engageant, il engage et défie même la justice de Dieu. « Engage-toi donc, sois ma caution auprès de toi ». Si pour beaucoup, le chemin de la mort est un chemin sans retour - et c’est peut-être pourquoi ça peut faire peur - je me demande pourquoi on devrait chercher le retour si nous croyons que c’est le chemin qui nous conduit au but : la vie éternelle dans la demeure de notre Père. Pourquoi devons-nous avoir peur, même si le chemin est difficile par endroit, même si ce Père nous attend pour un procès, même s’il est à la fois notre accusateur et notre juge ? Si jamais on n’a pas l’audace et le courage de Job, qu’ on a peur de rencontrer Dieu, on doit revoir notre foi et notre conviction et notre confiance en la miséricorde de Dieu. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » nous dit le Seigneur (Matthieu. 11:28). D’ailleurs, tout n’est pas dit par cette bonne nouvelle de l’Évangile, le prophète Isaïe ajoute encore quelque chose avec cet autre beau poème :

« Lavez-vous, purifiez-vous, mettez un terme à la méchanceté de vos agissements, cessez de faire le mal ! Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l'opprimé, faites droit à l'orphelin, défendez la veuve ! Venez et discutons! dit l'Éternel. Même si vos péchés sont couleur cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; même s'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront clairs comme la laine. Si vous voulez bien écouter, vous mangerez les meilleurs produits du pays, mais si vous refusez et vous montrez rebelles, vous serez dévorés par l'épée. Oui, c'est l'Éternel qui l'affirme. » (Cf. Isaïe, 1 :16-20)

 

Le Livre de Job

N° 13 du 23 décembre 2012

Job, 17:6 - 18:21

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 17

 

6 Il m'a rendu la fable des peuples, et ma personne est un objet de mépris.

7 Mon œil est obscurci par la douleur ; tous mes membres sont comme une ombre.

8 Les hommes droits en sont stupéfaits, et l'innocent se soulève contre l'impie.

9 Le juste néanmoins demeure ferme dans sa voie, celui qui a les mains pures se fortifie de plus en plus.

10 Mais vous tous, revenez à vos mêmes discours, et je ne trouverai pas un sage parmi vous.

11 Quoi ! Mes jours sont passés, mes projets sont anéantis, les projets qui remplissaient mon cœur...

12 Et ils prétendent que la nuit c'est le jour, que la lumière est proche quand les ténèbres sont là !

13 C'est le séjour des morts que j'attends pour demeure, c'est dans les ténèbres que je dresserai ma couche ;

14 Je crie à la fosse : Tu es mon père ! Et aux vers : vous êtes ma mère et ma sœur !

15 Mon espérance, où donc est-elle ? Mon espérance, qui peut la voir ?

16 Elle descendra vers les portes du séjour des morts, Quand nous irons ensemble reposer dans la poussière.

Chapitre 18

1 Bildad de Schuach prit la parole et dit :

2 Quand mettrez-vous un terme à ces discours ? Ayez de l'intelligence, puis nous parlerons.

3 Pourquoi sommes-nous regardés comme des bêtes ? Pourquoi ne sommes-nous à vos yeux que des brutes ?

4 O toi qui te déchires dans ta fureur, faut-il, à cause de toi, que la terre devienne déserte ? Faut-il que les rochers disparaissent de leur place ?

5 La lumière du méchant s'éteindra, et la flamme qui en jaillit cessera de briller.

6 La lumière s'obscurcira sous sa tente, et sa lampe au-dessus de lui s'éteindra.

7 Ses pas assurés seront à l'étroit ; Malgré ses efforts, il tombera.

8 Car il met les pieds sur un filet, il marche dans les mailles,

9 Il est saisi au piège par le talon, et le filet s'empare de lui ;

10 Le cordeau est caché dans la terre, Et la trappe est sur son sentier.

11 Des terreurs l'assiègent, l'entourent, Le poursuivent par derrière.

12 La faim consume ses forces, La misère est à ses côtés.

13 Les parties de sa peau sont l'une après l'autre dévorées, ses membres sont dévorés par le premier-né de la mort.

14 Il est arraché de sa tente où il se croyait en sûreté, Il se traîne vers le roi des épouvantements.

15 Nul des siens n'habite sa tente, le soufre est répandu sur sa demeure.

16 En bas, ses racines se dessèchent ; En haut, ses branches sont coupées.

17 Sa mémoire disparaît de la terre, Son nom n'est plus sur la face des champs.

18 Il est poussé de la lumière dans les ténèbres, Il est chassé du monde.

19 Il ne laisse ni descendants ni postérité parmi son peuple, ni survivant dans les lieux qu'il habitait.

20 Les générations à venir seront étonnées de sa ruine, et la génération présente sera saisie d'effroi.

21 Point d'autre destinée pour le méchant, point d'autre sort pour qui ne connaît pas Dieu !

 

Commentaires

Ceux qui gardent leurs yeux rivés sur Dieu doivent garder leurs pieds fermes dans la foi en Lui. 

Même si la prise de la défense de Dieu par les amis semble mitigée, moins convaincante, moins cohérente et vraisemblablement erronée, il apparaît quand même assez clairement dans leur langage que Dieu n’abandonne jamais la personne intègre et juste et que sans doute Il lui restituera tout ce qu’il a perdu. Curieusement, le lecteur va découvrir que la restitution des biens du juste par Dieu dont parlent le trois amis de Job ne se limiterait qu’à la dimension matérielle. C’est peut-être la raison pour laquelle Job va trouver que parmi ses amis, il n’y en n’a pas un seul qui est sage (Job, 17 :10). Ce qui cause la détresse et l’amertume de Job dépasse la dimension matérielle des biens. Il est bien vrai que Job a perdu tout ce qu’il avait comme bien matériels, l’autre question qui trotte dans son esprit est celle de son avenir, le sort qui lui sera réservé mais aussi à ses enfants. Faut-il rappeler encore ici que Job est aussi profondément touché dans sa chair par l’une des maladies la plus redoutée de son temps; et la mort qui a décimé tous les membres proches de sa famille (excepté sa femme) serait en train de guetter à sa porte.

Si vraisemblablement Dieu dans sa justice, restitue toujours les biens des personnes justes et intègres, serait-il risquer d’affirmer qu’il peut aussi restituer la vie des personnes justes et intègres. Apparemment, c’est la question que les amis de Job n’ont pas osé aborder dans leurs interventions respectives : la fameuse question de la mort et l’après mort. Y’a-t-il lieu de parler aussi d’une certaine forme de restitution de la vie elle-même des personnes intègres et justes ? Si Dieu est capable de restituer le bien matériel dont nous pouvons être déchus, pouvons-nous aussi, en tant que fidèles croyants, espérer une certaine forme de restitution de la vie elle-même, même si on la perd par la mort. Si donc en situation de détresse, le juste devait en toutes circonstances confier son sort entre les mains de Dieu en toute soumission, et que Dieu lui restituerait ses biens, que se passera- t-il lorsque advienne la mort ? Quelle place donnerait-on à la fameuse restitution divine des amis de Job ?

Lorsque nous concevons la mort comme la fin d’une étape de la vie, cette même mort est aussi, et est en même temps, le début d’une autre étape de la vie. La promesse de Dieu, sa grâce et son amour ne trouvent leur fondement et leur accomplissement que dans l’espérance en la vie éternelle. Job réconcilie parfaitement cette hypothèse dans son discours, en s’associant librement à la tombe. Comment pouvons-nous entrevoir encore autrement notre espérance ? Ou bien qui peut l’entrevoir pour nous ? (Job, 17 :15) Par quelle autre manière pouvons-nous nous préparer comme croyants à aborder très librement et très sereinement cette étape transitoire et transformatrice de la vie.

Par notre expérience de la vie, nous savons que par exemple la naissance d’un poussin amène naturellement à la disparition de l’œuf; c’est une transformation (une transition) fondamentale d’une étape de la vie des oiseaux. Et si la transformation et la transition humaine de la vie physique à la vie éternelle passe par la mort, pourquoi avoir peur, pourquoi s’angoisser ? L’œuf se plaint-il ou bien s’agite-il lorsqu’il voit disparaître son liquide jaune et blanc, lorsqu’il voit son jaune et son blanc se solidifier graduellement et prendre la forme d’un corps étrange et physique ? Le croyant est celui qui aborde la mort avec espérance; espérance d’une transformation de la vie. Même si notre corps est susceptible de corruption, il y a aussi en nous ce qui est incorruptible, présent dans le corps corruptible mais invisible comme l’oiseau invisible mais déjà présent dans le liquide jaune et blanc d’un œuf. Et comme il passe d’une forme de vie fluide à une autre forme de vie solide et active, l’humain passerait aussi d’une forme de vie temporelle et physique à une autre forme spirituelle et éternelle. Cela ne relève pas sans doute (et forcément pas) du domaine de la raison ou bien de la science mais c’est aussi crédible que ce qui relèverait de ces deux domaines, qui semblent vouloir dominer aujourd’hui tous les esprits. On peut faire de ceux qui croient à cette parole la risée et la fable du peuple, mais cette risée ne serait qu’une simple preuve de manque de vision et d’espérance, qu’une preuve d’illumination. Qui n’a pas d’espérance a perdu d’avance la bataille (et même la guerre).

Le Livre de Job

N° 14 du 20 janvier 2013

Job, 19:1 - 19:24

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 19

 

1 Job prit la parole et dit :

2 Jusques à quand affligerez-vous mon âme, et m'écraserez-vous de vos discours ?

3 Voilà dix fois que vous m'outragez ; n'avez-vous pas honte de m'étourdir ainsi ?

4 Si réellement j'ai péché, seul j'en suis responsable.

5 Pensez-vous me traiter avec hauteur ? Pensez-vous démontrer que je suis coupable ?

6 Sachez alors que c'est Dieu qui me poursuit, et qui m'enveloppe de son filet.

7 Voici, je crie à la violence, et nul ne répond ; j'implore justice, et point de justice !

 8 Il m'a fermé toute issue, et je ne puis passer ; il a répandu des ténèbres sur mes sentiers.

9 Il m'a dépouillé de ma gloire, il a enlevé la couronne de ma tête.

10 Il m'a brisé de toutes parts, et je m'en vais ; il a arraché mon espérance comme un arbre.

11 Il s'est enflammé de colère contre moi, il m'a traité comme l'un de ses ennemis.

12 Ses troupes se sont de concert mises en marche, elles se sont frayé leur chemin jusqu'à moi, elles ont campées autour de ma tente.

13 Il a éloigné de moi mes frères, et mes amis se sont détournés de moi ;

14 Je suis abandonné de mes proches, je suis oublié de mes intimes.

15 Je suis un étranger pour mes serviteurs et mes servantes, je ne suis plus à leurs yeux qu'un inconnu.

16 J'appelle mon serviteur, et il ne répond pas ; je le supplie de ma bouche, et c'est en vain.

17 Mon humeur est à charge à ma femme, et ma plainte aux fils de mes entrailles.

18 Je suis méprisé même par des enfants ; si je me lève, je reçois leurs insultes.

19 Ceux que j'avais pour confidents m'ont en horreur, ceux que j'aimais se sont tournés contre moi.

20 Mes os sont attachés à ma peau et à ma chair ; il ne me reste que la peau des dents.

21 Ayez pitié, ayez pitié de moi, vous, mes amis ! Car la main de Dieu m'a frappé.

22 Pourquoi me poursuivre comme Dieu me poursuit ? Pourquoi vous montrer insatiables de ma chair ?

23 Oh ! Je voudrais que mes paroles fussent écrites, qu'elles fussent écrites dans un livre ;

24 Je voudrais qu'avec un burin de fer et avec du plomb elles fussent pour toujours gravées dans le roc...

 

 

Commentaires

Contrarié mais toujours déterminé plus que jamais

Chers « Saint-Jobois », Juste quelques jours après le grand rassemblement de la fête de notre église, nous sommes encore dans l’euphorie et dans l’ambiance festive. Qu’à cela ne tienne, notre cheminement avec le Saint patron de notre communauté, dans sa dure expérience de vie éprouvante, continue. Au 19ème chapitre, sixième poème de Job nous nous retrouvons plongés dans le vif du débat entre Job et ses trois amis qui « veulent se grandir aux dépens de Job, en le torturant sans honte avec des mots.» Mais Job semble être déterminé plus que jamais à clamer son innocence, même les arguments de Bildad ne semblent guère le faire vaciller. Dans cette situation deux questionnements se posent à nous : il ressortirait que Bildad et les deux autres amis de Job ne semblent pas saisir la profondeur de la souffrance de Job et en plus, ils semblent ne pas maîtriser la radicalité de la question que pose cette souffrance.

Tandis pour les amis de Job le nœud de la cause de la souffrance de Job se trouverait dans la culpabilité de Job, le mystère de la souffrance humaine serait plutôt une remise en cause et un questionnement sur l’hypothèse de l’amour inconditionnel de Dieu et de sa miséricorde infinie.

Jusque-là, Dieu s’est refusé à parler, se résigne dans son silence et a laissé les interlocuteurs de Job défendre le procès dressé contre Lui. Pour Job, ce silence serait complice de ceux qui l’inculpent sans preuves. C’est d’ailleurs pourquoi ce procès devient pour Job l’épreuve la plus difficile à gérer, plus que les mots « diffamatoires » proférés par ses interlocuteurs. Dès lors Job se sent abandonné de tous et par tous, seul face à sa souffrance, seul à contempler le mystère qui s’installe autour de lui. Naturellement l’Espérance de Job ne peut que s’effriter, laissant ainsi la place au dépouillement total ou bien à l’anéantissement intégral de l’être humain. « Il me sape de toutes parts et je trépasse, il a arraché l’arbre de mon espoir. » (cf. 19 :10)

En comparant ce que disent certains passages de la Bible (exemple Ps 52) sur le sort des personnes perverses, perfides et orgueilleuses, au sort de Job, tout porte à faire croire que Job serait vraiment coupable de quelque chose pour avoir été frappé de la sorte, d’être atteint par un si grand malheur d’une envergure et d’une atrocité incommensurables. Il ne serait donc pas très surprenant de voir les amis de Job persister obstinément et tour à tour dans leur accusation de Job, même s’ils n’ont aucune preuve d’inculpation. Pour les amis de Job, le péché de Job n’est pas encore dévoilé mais il a sans doute péché. Si Job lui-même ne le reconnaît pas, ou bien à la rigueur, ne se le rappelle-t-il pas, il a sans doute péché. C’est peut-être là, cette hypothèse non fondée qui va pousser et plonger Job dans le doute sur le passé assez lointain : sa jeunesse et même son enfance. Dieu enquête-t-il sur le péché de l’être humain ? (cf. Job 10 :6) Ou bien rédige-t-il d’amers verdicts contre ceux et celles qu’il a créés en leur imputant les crimes de leur jeunesse après avoir épié toutes leurs démarches et scruté toutes les empreintes de leurs pas ? (cf. Job 13 :26-27)

Et comme nous l’avons dit dans les lignes précédentes, la souffrance humaine met aussi en cause l’amour inconditionnel de Dieu mais aussi sa miséricorde infinie, pouvons-vous dès lors conclure que toutes les personnes affligées sont des ennemis de Dieu ou bien les moins aimées de Dieu ? La foi et l’obstination de Job nous appellent à la prudence pour tirer une telle conclusion. Le Dieu en qui nous avons mis notre confiance c’est celui-là qui « est rédempteur et vivant, Lui qui peut faire surgir de la poussière. » (cf. Job 19 :25)

Le Livre de Job

N° 15 du 27 janvier 2013

Job, 19:25 - 20

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 19

25 Mais je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'il se lèvera le dernier sur la terre.

26 Quand ma peau sera détruite, il se lèvera ; quand je n'aurai plus de chair, je verrai Dieu.

27 Je le verrai, et il me sera favorable ; mes yeux le verront, et non ceux d'un autre ; mon âme languit d'attente au dedans de moi.

28 Vous direz alors : Pourquoi le poursuivions-nous ? Car la justice de ma cause sera reconnue.

29 Craignez pour vous le glaive : les châtiments par le glaive sont terribles ! Et sachez qu'il y a un jugement.

Chapitre 20

1 Tsophar de Naama prit la parole et dit :

2 Mes pensées me forcent à répondre, et mon agitation ne peut se contenir.

3 J'ai entendu des reproches qui m'outragent ; le souffle de mon intelligence donnera la réplique.

4 Ne sais-tu pas que, de tout temps, depuis que l'homme a été placé sur la terre,

5 Le triomphe des méchants a été court, et la joie de l'impie momentanée ?

6 Quand il s'élèverait jusqu'aux cieux, et que sa tête toucherait aux nues,

7 Il périra pour toujours comme son ordure, et ceux qui le voyaient diront : Où est-il ?

8 Il s'envolera comme un songe, et on ne le trouvera plus ; il disparaîtra comme une vision nocturne ;

9 L'œil qui le regardait ne le regardera plus, le lieu qu'il habitait ne l'apercevra plus.

10 Ses fils seront assaillis par les pauvres, et ses mains restitueront ce qu'il a pris par violence.

11 La vigueur de la jeunesse, qui remplissait ses membres, aura sa couche avec lui dans la poussière.

12 Le mal était doux à sa bouche, il le cachait sous sa langue,

13 Il le savourait sans l'abandonner, il le retenait au milieu de son palais ;

14 Mais sa nourriture se transformera dans ses entrailles, elle deviendra dans son corps un venin d'aspic.

15 Il a englouti des richesses, il les vomira ; Dieu les chassera de son ventre.

16 Il a sucé du venin d'aspic, La langue de la vipère le tuera.

17 Il ne reposera plus ses regards sur les ruisseaux, sur les torrents, sur les fleuves de miel et de lait.

18 Il rendra ce qu'il a gagné, et n'en profitera plus ; il restituera tout ce qu'il a pris, et n'en jouira plus.

19 Car il a opprimé, délaissé les pauvres, il a ruiné des maisons et ne les a pas rétablies.

20 Son avidité n'a point connu de bornes ; mais il ne sauvera pas ce qu'il avait de plus cher.

21 Rien n'échappait à sa voracité ; mais son bien-être ne durera pas.

22 Au milieu de l'abondance il sera dans la détresse ; la main de tous les misérables se lèvera sur lui.

23 Et voici, pour lui remplir le ventre, Dieu enverra sur lui le feu de sa colère, et le rassasiera par une pluie de traits.

24 S'il échappe aux armes de fer, l'arc d'airain le transpercera.

25 Il arrache de son corps le trait, qui étincelle au sortir de ses entrailles, et il est en proie aux terreurs de la mort.

26 Toutes les calamités sont réservées à ses trésors ; ll sera consumé par un feu que n'allumera point l'homme, et ce qui restera dans sa tente en deviendra la pâture.

27 Les cieux dévoileront son iniquité, Et la terre s'élèvera contre lui.

28 Les revenus de sa maison seront emportés, ils disparaîtront au jour de la colère de Dieu.

29 Telle est la part que Dieu réserve au méchant, tel est l'héritage que Dieu lui destine.

 

Commentaires

L’espérance fondée sur la foi et/ou sur la raison

La confession de Job ne semble guère avoir touché les cœurs de ses amis, mais elle semble plutôt avoir provoqué des réactions amères comme celle de Tsophar. De leurs deux discours, il découle en filigrane deux tendances basiques du fondement de l’espérance.

La première serait celle incarnée par Tsophar qui entend se fonder exclusivement sur la raison humaine et la deuxième, incarnée par Job, qui veut, sans exclure la raison, se fonder sur la foi. Si les expériences de la vie nous apprennent pas mal de choses et par conséquence nous amènent à tirer des conclusions raisonnables, aidant l’être humain à dissiper certains doutes dans nos têtes, cela n’est pas évident dans tous les cas. Cependant, s’il est aussi évident que la foi du charbonnier n’est pas le prototype de la foi par excellence, cela ne voudra pas dire non plus que la foi doit être ramenée ou réduite purement et simplement à la raison.

Comme nous pouvons le constater dans l’intervention de Tsophar, l’espérance en la justice de Dieu de cet ami de Job semble être limitée à la récompense et/ou à la rétribution dans l’immédiat : c’est sa raison qui lui dit cela :

« … Mais ma raison me souffle la réplique. Ne sais-tu pas que, depuis toujours, depuis que l’homme a été mis sur terre, le triomphe des méchants fut bref, la joie de l’impie n’a duré qu’un instant ? » (Job 20 : 3-4). Même si cela s’avérait vrai dans beaucoup de cas, l’exception à la règle ne manquera pas de trouver pleinement sa place. Partant de l’argumentation de Tsophar on serait d’autant porter à croire que Tsophar se montre plus une personne présomptueuse qu’une personne intègre. Il avoue sans ambiguïté que son discours serait inspiré par sa pensée. Dès lors, on ne se serait pas trompé si on affirmait que la prise de défense de la cause de Dieu par Tsophar (et peut être par les deux autres amis aussi) ne serait pas un acte de piété, une disposition intègre de vouloir respecter la volonté de Dieu par-dessus tout, mais plutôt des simples propos péremptoires et peut- être même pervers et vicieux.

Malheureusement ou bien heureusement, il aura devant lui un certain Job, qui veut incarner une autre forme d’espérance inouïe, qui va au-delà de la raison. Sa récompense qui viendra de la justice de Dieu peut même resurgir au-delà de la poussière, sous-entendu au-delà de la mort :

« Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant, que le dernier, il surgira sur la poussière, et après qu’on aura détruit cette peau qui est mienne, c’est dans ma chair que je contemplerai Dieu. » (Job 19 :25-27). Par cette affirmation contraire à la conception traditionnelle de la chair, qui est conçue dans beaucoup de religions comme mortelle et parallèle à l’esprit, Job va donc renverser la donne. La chair devient ce qui est durable et essentiel tandis que ce qui est superficiel et éphémère serait plutôt la peau. Et dans le contexte pragmatique, cette considération est encore plus évidente et vraie.

Il est évident que la peau est (ou représente) la partie superficielle du corps humain tandis la chair est (ou bien représente) sa profondeur, ce qui reste lorsque le superficiel est parti. Mise en juxtaposition dans le contexte de notre analyse des fondements de l’espérance, on peut se permettre d’affirmer que la raison humaine représenterait la peau tandis que la foi représenterait la chair. Certes une chair couverte par la peau est mieux protégée (et peut être mieux équipée) contre le danger, tandis qu’une chair sans peau est exposée directement au danger, au risque, mais cela ne changerait rien à sa nature : elle reste ce qui est plus profond que la peau.

Par analogie au raisonnement de Tsophar et de Job, on peut dire que la raison et la foi seraient représentées respectivement comme la peau et la chair dans la compréhension de Job.

Alors, quiconque veut servir le Dieu de l’espérance et compte vraiment sur la justice de ce Dieu, doit dépasser le superficiel, et se doit d’aller dans la profondeur, la profondeur de la foi.

 

Le Livre de Job

N° 16 du 3 février 2013

Job, 21 - 22:20

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 21

1 Job prit la parole et dit :

2 Écoutez, écoutez mes paroles, donnez-moi seulement cette consolation.

3 Laissez-moi parler, je vous prie ; et, quand j'aurai parlé, tu pourras te moquer.

4 Est-ce contre un homme que se dirige ma plainte ? Et pourquoi mon âme ne serait-elle pas impatiente ?

5 Regardez-moi, soyez étonnés, et mettez la main sur la bouche.

6 Quand j'y pense, cela m'épouvante, et un tremblement saisit mon corps.

7 Pourquoi les méchants vivent-ils ? Pourquoi les voit-on vieillir et accroître leur force ?

8 Leur postérité s'affermit avec eux et en leur présence, leurs rejetons prospèrent sous leurs yeux.

9 Dans leurs maisons règne la paix, sans mélange de crainte ; la verge de Dieu ne vient pas les frapper.

10 Leurs taureaux sont vigoureux et féconds, leurs génisses conçoivent et n'avortent point.

11 Ils laissent courir leurs enfants comme des brebis, et les enfants prennent leurs ébats.

12 Ils chantent au son du tambourin et de la harpe, ils se réjouissent au son du chalumeau.

13 Ils passent leurs jours dans le bonheur, et ils descendent en un instant au séjour des morts.

14 Ils disaient pourtant à Dieu : retire-toi de nous ; nous ne voulons pas connaître tes voies.

15 Qu'est-ce que le Tout Puissant, pour que nous le servions ? Que gagnerions-nous à lui adresser nos prières ?

16 Quoi donc ! ne sont-ils pas en possession du bonheur ? Loin de moi le conseil des méchants !

17 Mais arrive-t-il souvent que leur lampe s'éteigne, Que la misère fonde sur eux, que Dieu leur distribue leur part dans sa colère,

18 Qu'ils soient comme la paille emportée par le vent, comme la balle enlevée par le tourbillon ?

19 Est-ce pour les fils que Dieu réserve le châtiment du père ? Mais c'est lui que Dieu devrait punir, pour qu'il le sente ;

20 C'est lui qui devrait contempler sa propre ruine, c'est lui qui devrait boire la colère du Tout Puissant.

21 Car, que lui importe sa maison après lui, quand le nombre de ses mois est achevé ?

22 Est-ce à Dieu qu'on donnera de la science, à lui qui gouverne les esprits célestes ?

23 L'un meurt au sein du bien-être, de la paix et du bonheur,

24 Les flancs chargés de graisse et la moelle des os remplie de sève ;

25 L'autre meurt, l'amertume dans l'âme, sans avoir joui d'aucun bien.

26 Et tous deux se couchent dans la poussière, tous deux deviennent la pâture des vers.

27 Je sais bien quelles sont vos pensées, quels jugements iniques vous portez sur moi.

28 Vous dites : où est la maison de l'homme puissant ? Où est la tente qu'habitaient les impies ?

29 Mais quoi ! n'avez-vous point interrogé les voyageurs, et voulez-vous méconnaître ce qu'ils prouvent ?

30 Au jour du malheur, le méchant est épargné ; au jour de la colère, il échappe.

31 Qui lui reproche en face sa conduite ? Qui lui rend ce qu'il a fait ?

32 Il est porté dans un sépulcre, et il veille encore sur sa tombe.

33 Les mottes de la vallée lui sont légères ; et tous après lui suivront la même voie, comme une multitude l'a déjà suivie.

34 Pourquoi donc m'offrir de vaines consolations ? Ce qui reste de vos réponses n'est que perfidie.

Chapitre 22

1 Éliphaz de Théman prit la parole et dit :

2 Un homme peut-il être utile à Dieu ? Non ; le sage n'est utile qu'à lui-même.

3 Si tu es juste, est-ce à l'avantage du Tout Puissant ? Si tu es intègre dans tes voies, qu'y gagne-t-il ?

4 Est-ce par crainte de toi qu'il te châtie, qu'il entre en jugement avec toi ?

5 Ta méchanceté n'est-elle pas grande ? Tes iniquités ne sont-elles pas infinies ?

6 Tu enlevais sans motif des gages à tes frères, tu privais de leurs vêtements ceux qui étaient nus ;

7 Tu ne donnais point d'eau à l'homme altéré, tu refusais du pain à l'homme affamé.

8 Le pays était au plus fort, et le puissant s'y établissait.

9 Tu renvoyais les veuves à vide ; les bras des orphelins étaient brisés.

10 C'est pour cela que tu es entouré de pièges, et que la terreur t'a saisi tout à coup.

11 Ne vois-tu donc pas ces ténèbres, ces eaux débordées qui t'envahissent ?

12 Dieu n'est-il pas en haut dans les cieux ? Regarde le sommet des étoiles, comme il est élevé !

13 Et tu dis : qu'est-ce que Dieu sait ? Peut-il juger à travers l'obscurité ?

14 Les nuées l'enveloppent, et il ne voit rien ; il ne parcourt que la voûte des cieux.

15 Eh quoi ! tu voudrais prendre l'ancienne route qu'ont suivie les hommes d'iniquité ?

16 Ils ont été emportés avant le temps, ils ont eu la durée d'un torrent qui s'écoule.

17 Ils disaient à Dieu : retire-toi de nous ; que peut faire pour nous le Tout Puissant ?

18 Dieu cependant avait rempli de biens leurs maisons. Loin de moi le conseil des méchants !

19 Les justes, témoins de leur chute, se réjouiront, et l'innocent se moquera d'eux :

20 Voilà nos adversaires anéantis ! Voilà leurs richesses dévorées par le feu !

 

Commentaires

La souffrance semble être en manque de discernement et frappe d’une manière un peu aveugle.

Il apparaît assez clairement déjà dans les premiers versets du chapitre 21 que la réaction de la réponse de Job n’est rien d’autre que la réfutation pure et simple de la thèse de Tsophar selon laquelle la souffrance n’est que la conséquence logique et divine des péchés et des iniquités des êtres humains. Pour Job, cette conception des choses ne peut être qu’une simple aberration et rien de plus. Pour justifier son affirmation, Job va s’atteler à présenter sous la forme d’un discours énumératif les nombreuses jouissances de la vie des personnes méchantes ou impies. Ces dites fameuses jouissances des méchants constitueraient ainsi une sorte de démenti de la thèse de Tsophar et peut être aussi de celle de ses autres compagnons.

Nous pouvons donc constater déjà à partir du verset 7, une certaine forme de remise en question de la thèse défendue par Tsophar avec ce discours d’invitation de Job à le suivre, discours qui se prolonge par un certain nombre de questionnements. « Tournez-vous vers moi, et soyez étonnés, et mettez la main sur la bouche. Quand je m’en souviens, je suis terrifié, et le frisson saisit ma chair : Pourquoi les méchants et scélérats vivent-ils ? Pourquoi deviennent-ils âgés, et croissent-ils même en force ? Vieillir, pour eux c’est accroître leur pouvoir. Leur postérité s’affermit en face d’eux, … leurs maisons en paix ignorent la peur, la férule de Dieu les épargne, leurs taureaux fécondent sans faillir, leurs vaches mettent bas sans avorter… » Et cela est bel et bien un fait indéniable dans le monde ; qui peut donc l’ignorer ? Comment Tsophar pourrait expliquer par là sa fameuse thèse ?

Pour cette raison, Job trouve que les accusations de ses amis, qui visent à l’inculper, sont plutôt une sorte d’outrage à la justice et à la volonté divines. Néanmoins Job va faire montre d’un état esprit plus élevé en jugement à partir du moment où il parvient à accepter la mesure de vérité que pouvait contenir le discours de Tsophar. Et ce serait d’ailleurs l’avantage qu’il porterait sur Tsophar, et peut être aussi, sur les deux autres interlocuteurs qui tous ensemble sembleraient plus ou moins limités. Comme nous pouvons, nous aussi, le constater de notre expérience quotidienne des débats, il est difficile et même aberrant de voir deux personnes s’opposer en discussions, en prenant l’un et l’autre un côté différent de la même réalité. Mais heureusement, Job par sa prise de position, démontre à la fois la réalité et les aléas de la vie.

En fait, même si dans l’amertume, il arrive quelquefois que Job, emporté par les émotions, déborde et déballe sa colère, la lueur rayonnante de sa conviction profonde (foi) va resurgir en fin de compte et même sans tarder lorsqu’il ressaisit le sens des choses et regagne le contrôle sur ses émotions. Dès lors, on peut donc se permettre l’audace d’affirmer que la foi pourrait alors se reconnaître aussi par la capacité du croyant à contrôler et à maîtriser ses émotions. L’exemple le plus parlant qu’on peut citer ici pour illustrer cette affirmation est l’invitation, ou bien l’exhortation, à la PATIENCE avec Dieu que nous lance Job au verset 4. Job est persuadé et reste convaincu que Dieu n’est pas un Homme : alors pour suivre ses préceptes et agir vraiment selon sa volonté dans la foi et dans l’intégrité, il en faut, de la patience.

À partir du moment où nous commençons à manquer de la patience envers lui, le terrain va aussi commencer à nous manquer sous les pieds pour pouvoir méditer et comprendre le projet de Dieu pour nous-mêmes et pour le monde. La souffrance humaine, (même s’il faut concéder qu’elle peut venir de Dieu ou bien permise par Dieu), est avant tout un mystère. Elle semblerait être en manque de discernement, elle frappe d’une manière plus ou moins aveugle. Elle ne doit pas être attachée nécessairement ou bien liée absolument aux agissements mauvais ou iniques de l’être humain. Elle dépasse ces paramètres humains. En somme, la chose la plus saisissante serait de retenir que le pieux, comme l’impie, peut être victime de la souffrance, le méchant comme le bon peut aussi souffrir. Mais bien que le triomphe ou le bonheur peut parfois être long et durable, il ne sera jamais éternel. Le juste et l’intègre, même s’il souffre pendant longtemps, ne pas désespérer. C’est au Seigneur en qui il a mis sa confiance et sa foi que reviendra le dernier mot, c’est ce que nous confie Jésus. Lorsque l’heure de Dieu va sonner, ils entendront ces heureuses paroles réjouissantes et savoureuses : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis le début. » (cf. Matthieu 25 :34)

Le Livre de Job

N° 17 du 10 février 2013

Job, 22:21 - 23:17

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 22

21 Attache-toi donc à Dieu, et tu auras la paix ; tu jouiras ainsi du bonheur.

22 Reçois de sa bouche l'instruction, et mets dans ton cœur ses paroles.

23 Tu seras rétabli, si tu reviens au Tout Puissant, si tu éloignes l'iniquité de ta tente.

24 Jette l'or dans la poussière, l'or d'Ophir parmi les cailloux des torrents ;

25 Et le Tout Puissant sera ton or, ton argent, ta richesse.

26 Alors tu feras du Tout Puissant tes délices, tu élèveras vers Dieu ta face ;

27 Tu le prieras, et il t'exaucera, et tu accompliras tes vœux.

28 A tes résolutions répondra le succès ; sur tes sentiers brillera la lumière.

29 Vienne l'humiliation, tu prieras pour ton relèvement : Dieu secourt celui dont le regard est abattu.

30 Il délivrera même le coupable, qui devra son salut à la pureté de tes mains.

Chapitre 23

1 Job prit la parole et dit :

2 Maintenant encore ma plainte est une révolte, mais la souffrance étouffe mes soupirs.

3 Oh ! si je savais où le trouver, si je pouvais arriver jusqu'à son trône,

4 Je plaiderais ma cause devant lui, je remplirais ma bouche d'arguments,

5 Je connaîtrais ce qu'il peut avoir à répondre, je verrais ce qu'il peut avoir à me dire.

6 Emploierait-il toute sa force à me combattre ? Ne daignerait-il pas au moins m'écouter ?

7 Ce serait un homme droit qui plaiderait avec lui, et je serais pour toujours absous par

mon juge.

8 Mais, si je vais à l'orient, il n'y est pas ; si je vais à l'occident, je ne le trouve pas ;

9 Est-il occupé au nord, je ne puis le voir ; se cache-t-il au midi, je ne puis le découvrir.

10 Il sait néanmoins quelle voie j'ai suivie ; et, s'il m'éprouvait, je sortirais pur comme l'or.

11 Mon pied s'est attaché à ses pas ; j'ai gardé sa voie, et je ne m'en suis point détourné.

12 Je n'ai pas abandonné les commandements de ses lèvres ; j'ai fait plier ma volonté aux paroles de sa bouche.

13 Mais sa résolution est arrêtée ; qui s'y opposera ? Ce que son âme désire, il l'exécute.

14 Il accomplira donc ses desseins à mon égard, et il en concevra bien d'autres encore.

15 Voilà pourquoi sa présence m'épouvante ; quand j'y pense, j'ai peur de lui.

16 Dieu a brisé mon courage, le Tout Puissant m'a rempli d'effroi.

17 Car ce ne sont pas les ténèbres qui m'anéantissent, ce n'est pas l'obscurité dont je suis couvert.

 

Commentaires

À la découverte de la présence-absence de Dieu

La réaction d’Elifaz au verset 21 du chapitre 22 ne peut plus être une surprise pour quiconque a lu, non seulement ses autres interventions antérieures, mais aussi celles de ses compagnons Bildad et Tsophar. Que peut-on en fait lire au verset 21 ? « Réconcilie-toi avec Lui (Dieu) et fais la paix, ainsi le bonheur te sera rendu, si tu reviens vers le puissant, tu seras rétabli.»

Une pareille hypothèse non seulement prête à équivoque mais elle entraverait en même l’attitude de Dieu envers les humains et porterait ainsi atteinte au motif fondamental de la réconciliation elle-même. Si, fondamentalement, la réconciliation suppose le rétablissement d’une relation coupée entre deux parties, elle devient aussi douteuse lorsqu’elle vise un intérêt purement matériel, que ce soit une relation d’humain à humain ou bien d’humain à Dieu comme il en est ici dans notre cas présent.

En réalité, la réconciliation viserait-elle ou serait-elle d’abord et avant tout une certaine forme reconnaissance du tort commis et qui aurait amené à la rupture ou bien à la brouille de la relation ? et en ce cas, cette reconnaissance avec bonne foi permettrait un rétablissement éventuel de la relation.

Cependant, s’il arrive que cette démarche porte du fruit en terme de rétablissement d’un quelconque bonheur matériel, on peut s’en réjouir mais cela n’est pas et ne sera jamais un gage ou bien une conséquence automatique ou logique de la réconciliation. Ce n’est donc plus une surprise, de voir Job s’obstiner, s’opposer à eux, se refusant d’adhérer à cette forme de foi marchandée. Par ailleurs, si Elifaz trouve que l’attitude adoptée par Job fait preuve d’une quelconque opposition à l’enseignement de Dieu, cela peut se justifier par le fait que ceux qui parlent au nom de Dieu ne parlent pas juste et vrai.

Peut-être dans un sens de vouloir se passer de ce qui ne le convainc pas, Job ira plus loin dans cette (présumée) sentence contre Dieu, et il avoue n’avoir même pas une intention quelconque de s’opposer à Dieu ; mais il déplore simplement son silence qui s’éternise et qui sans doute serait en train de frayer la voie à l’impatience et au découragement. Dieu devient dès lors l’entrejeu du contentieux. Dans cette situation angoissante mais surtout confuse, Job découvre plutôt une autre lueur mystérieuse, celle de la présence-absence de Dieu dans le monde, qu’il qualifie de « proximité éloignée de Dieu. » Si en fait, c’est Dieu qui punit l’homme toutes les fois qu’il erre, il est vraiment très proche, pour contrôler les bêtises de l’homme ; mais il reste en même temps un Dieu éloigné et absent lorsqu’il semble par son silence ne pas se laisser atteindre par les supplications et les prières de ceux qui comptent sur lui et ont mis en lui toute confiance, ceux et celles « qui prisent ses décrets plus que leurs propres principes. » (Job, 23:12) et Job de conclure : voilà ce qui me bouleverse, ça bouleverse vraiment beaucoup d’entre nous.

SEIGNEUR VEILLE SUR TES SERVITEURS QUI T’APPELLENT DANS L’ANGOISSE, QUE TON SILENCE N’AMOLLISSE PAS NOTRE COURAGE. 

Le Livre de Job

N° 18 du 24 février 2013

Job, 24:1 - 25:6

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 24

1 Pourquoi le Tout Puissant ne met-il pas des temps en réserve, et pourquoi ceux qui le connaissent ne voient-ils pas ses jours ?

2 On déplace les bornes, on vole des troupeaux, et on les fait paître ;

3 On enlève l'âne de l'orphelin, on prend pour gage le bœuf de la veuve ;

4 On repousse du chemin les indigents, on force tous les malheureux du pays à se cacher.

5 Et voici, comme les ânes sauvages du désert, ils sortent le matin pour chercher de la nourriture, ils n'ont que le désert pour trouver le pain de leurs enfants ;

6 Ils coupent le fourrage qui reste dans les champs, ils grappillent dans la vigne de l'impie ;

7 Ils passent la nuit dans la nudité, sans vêtement, sans couverture contre le froid ;

8 Ils sont percés par la pluie des montagnes, et ils embrassent les rochers comme unique refuge.

9 On arrache l'orphelin à la mamelle, on prend des gages sur le pauvre.

10 Ils vont tout nus, sans vêtement, ils sont affamés, et ils portent les gerbes ;

11 Dans les enclos de l'impie ils font de l'huile, Ils foulent le pressoir, et ils ont soif ;

12 Dans les villes s'exhalent les soupirs des mourants, l'âme des blessés jette des cris...

et Dieu ne prend pas garde à ces infamies !

13 D'autres sont ennemis de la lumière, ils n'en connaissent pas les voies, ils n'en pratiquent pas les sentiers.

14 L'assassin se lève au point du jour, tue le pauvre et l'indigent, et il dérobe pendant la nuit.

15 L'œil de l'adultère épie le crépuscule ; personne ne me verra, dit-il, et il met un voile sur sa figure.

16 La nuit ils forcent les maisons, le jour ils se tiennent enfermés ; ils ne connaissent pas la lumière.

17 Pour eux, le matin c'est l'ombre de la mort, ils en éprouvent toutes les terreurs.

18 Eh quoi ! l'impie est d'un poids léger sur la face des eaux, il n'a sur la terre qu'une part maudite, il ne prend jamais le chemin des vignes !

19 Comme la sécheresse et la chaleur absorbent les eaux de la neige, ainsi le séjour des morts engloutit ceux qui pèchent !

20 Quoi ! le sein maternel l'oublie, les vers en font leurs délices, on ne se souvient plus de lui ! L'impie est brisé comme un arbre,

21 Lui qui dépouille la femme stérile et sans enfants, lui qui ne répand aucun bienfait sur

la veuve !...

22 Non ! Dieu par sa force prolonge les jours des violents, et les voilà debout quand ils désespéraient de la vie ;

23 Il leur donne de la sécurité et de la confiance, il a les regards sur leurs voies.

24 Ils se sont élevés ; et en un instant ils ne sont plus, ils tombent, ils meurent comme tous les hommes, Ils sont coupés comme la tête des épis.

25 S'il n'en est pas ainsi, qui me démentira, qui réduira mes paroles à néant ?

Chapitre 25

1 Bildad de Schuach prit la parole et dit :

2 La puissance et la terreur appartiennent à Dieu ; il fait régner la paix dans ses hautes régions.

3 Ses armées ne sont-elles pas innombrables ? Sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas ?

4 Comment l'homme serait-il juste devant Dieu ? Comment celui qui est né de la femme

serait-il pur ?

5 Voici, la lune même n'est pas brillante, Et les étoiles ne sont pas pures à ses yeux ;

6 Combien moins l'homme, qui n'est qu'un ver, le fils de l'homme, qui n'est qu'un vermisseau !

 

 

Commentaires

Porte-parole de la cause de tous les opprimés

La deuxième partie du huitième poème de Job que nous abordons en cette semaine, est encore un vivant appel lancé par notre cher Job pour décrier et défier le silence de Dieu. Cependant cet appel dans cette partie du texte est différent des appels précédents. Si par hasard, Dieu n’entend pas la prière et le cri de détresse de Job, comme si la souffrance d’un seul homme n’est assez importante pour faire intervenir Dieu, Job semble vouloir informer Dieu sur ce qu’il semble peut être ne pas connaître. À cet effet, Job va se décider à dresser d’une manière très minutieuse, une sorte d’inventaire récapitulant les injustices commises par les méchants, et qui pourtant sont supposées intolérables par le Seigneur de la justice. « … On déplace les bornes et le Dieu de la justice ne dit rien, on fait paître des troupeaux volés, on emmène l’âne de l’orphelin, Il ne réagit toujours pas, c’est le bœuf de la veuve qu’on retient en gage, on écarte de la route les indigents et cela ne l’engage en rien du tout, alors tous les pauvres du pays n’ont plus qu’à se cacher. » (cf. Job, 24:3-4) Seigneur, pourquoi les méchants puissants défient-ils les lois de la Justice ?

Après avoir fait cet inventaire de la méchanceté des humains envers les autres, Job passe à l’énumération des différentes peines et souffrances qu’endurent les personnes vulnérables de la société. Une pareille description frappante ne peut laisser personne indifférent. Si donc c’est la steppe qui nourrit les enfants des pauvres, n’hésitons pas à nous demander qu’y a-t-il dans la steppe pour nourrir un enfant ? Quel triste sort ? Job continue et nous dit, ou plutôt dit à Dieu : « Ils (les pauvres) grappillent la vigne des méchants. La nuit, ils la passent nus, faute de vêtements, ils n’ont pas de couverture quand il fait froid, ils sont trempés par la pluie des montagnes, faute d’abri, ils étreignent le rocher… Et même lorsqu’ils sont affamés, on leur fait porter des gerbes. Les gens se lamentent partout dans la ville, le râle des blessés hurle, et Dieu reste à ces infamies.» (cf. Job, 24:7-8,12)

En somme, même en décriant toutes les injustices des hommes et en déplorant en même temps le silence de Dieu, Job gardera comme toujours une vision insoupçonnée et incroyable sur la finalité des choses. Il a toujours su que tout cela ne peut être que passager, que cela ne peut durer qu’un seul moment. Sans doute, ces puissants méchants vont aussi tomber un jour comme ces pauvres indigents qu’ils font tomber sans remord ; et d’ailleurs, eux n’ont aucune espérance. L’impunité dont ils jouissent n’est que temporaire et temporelle, tandis que ceux qui ont mis leur sort entre les mains de Dieu peuvent espérer même au-delà des cendres. « … Eux (les méchants) sont élevés pour un peu de temps, et puis plus rien. Ils seront effondrés comme tous ceux qui sont moissonnés, coupés comme une tête d’épi. » C’est donc dans cette perspective d’espérance en un Dieu Éternel et tout puissant que l’intervention de Bildad qui suit va rejoindre la position de Job. En fait, c’est vraiment à Dieu que reviennent « l’empire et la terreur, lui dont personne ne peut échapper à sa lumière.» 

Le Livre de Job

N° 19 du 14 avril 2013

Job, 26:1 - 27:23

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 26

1 Job prit la parole et dit :

2 Comme tu sais bien venir en aide à la faiblesse ! Comme tu prêtes secours au bras sans force !

3 Quels bons conseils tu donnes à celui qui manque d'intelligence ! Quelle abondance de sagesse tu fais paraître !

4 A qui s'adressent tes paroles ? Et qui est-ce qui t'inspire ?

5 Devant Dieu les ombres tremblent au-dessous des eaux et de leurs habitants ;

6 Devant lui le séjour des morts est nu, l'abîme n'a point de voile.

7 Il étend le septentrion sur le vide, il suspend la terre sur le néant.

8 Il renferme les eaux dans ses nuages, et les nuages n'éclatent pas sous leur poids.

9 Il couvre la face de son trône, il répand sur lui sa nuée.

10 Il a tracé un cercle à la surface des eaux, comme limite entre la lumière et les ténèbres.

11 Les colonnes du ciel s'ébranlent, et s'étonnent à sa menace.

12 Par sa force il soulève la mer, par son intelligence il en brise l'orgueil.

13 Son souffle donne au ciel la sérénité, sa main transperce le serpent fuyard.

14 Ce sont là les bords de ses voies, c'est le bruit léger qui nous en parvient ; mais qui entendra le tonnerre de sa puissance ?

Chapitre 27

1 Job prit de nouveau la parole sous forme sentencieuse et dit :

2 Dieu qui me refuse justice est vivant ! Le Tout Puissant qui remplit mon âme d'amertume est vivant !

3 Aussi longtemps que j'aurai ma respiration, et que le souffle de Dieu sera dans mes narines,

4 Mes lèvres ne prononceront rien d'injuste, ma langue ne dira rien de faux.

5 Loin de moi la pensée de vous donner raison ! Jusqu'à mon dernier soupir je défendrai mon innocence ;

6 Je tiens à me justifier, et je ne faiblirai pas ; mon cœur ne me fait de reproche sur aucun de mes jours.

7 Que mon ennemi soit comme le méchant, et mon adversaire comme l'impie !

8 Quelle espérance reste-t-il à l'impie, quand Dieu coupe le fil de sa vie, quand il lui retire son âme ?

9 Est-ce que Dieu écoute ses cris, quand l'angoisse vient l'assaillir ?

10 Fait-il du Tout Puissant ses délices ? Adresse-t-il en tout temps ses prières à Dieu ?

11 Je vous enseignerai les voies de Dieu, je ne vous cacherai pas les desseins du Tout Puissant.

12 Mais vous les connaissez, et vous êtes d'accord ; pourquoi donc vous laisser aller à de vaines pensées ?

13 Voici la part que Dieu réserve au méchant, l'héritage que le Tout Puissant destine à l'impie.

14 S'il a des fils en grand nombre, c'est pour le glaive, et ses rejetons manquent de pain ;

15 Ceux qui échappent sont enterrés par la peste, et leurs veuves ne les pleurent pas.

16 S'il amasse l'argent comme la poussière, s'il entasse les vêtements comme la boue,

17 C'est lui qui entasse, mais c'est le juste qui se revêt, c'est l'homme intègre qui a l'argent en partage.

18 Sa maison est comme celle que bâtit la teigne, comme la cabane que fait un gardien.

19 Il se couche riche, et il meurt dépouillé ; Il ouvre les yeux, et tout a disparu.

20 Les terreurs le surprennent comme des eaux ; un tourbillon l'enlève au milieu de la nuit.

21 Le vent d'orient l'emporte, et il s'en va ; il l'arrache violemment de sa demeure.

22 Dieu lance sans pitié des traits contre lui, et le méchant voudrait fuir pour les éviter.

23 On bat des mains à sa chute, Et on le siffle à son départ.

 

Commentaires

Qui des êtres humains peut prétendre connaître la Volonté exacte de Dieu ? 

Le neuvième poème de Job au chapitre 26, s’ouvre sur une sorte insoupçonnée d’adresse de compliments à Bildad, une adresse qui s’avèrera plutôt ironique. Les quatre premiers versets font montre de cette ironie. Tandis que les trois premiers semblent faire l’éloge de la mission de Bildad, le quatrième verset contredit tout. En fait, Job vraisemblablement fait une sorte de remise en question de l’importance et de l’apport de la mission auprès de Job lui-même comme ami sympathisant, mais aussi une remise en question de l’authenticité et de la loyauté d’une présumée représentation de Dieu par Bildad. Pour Job, Bildad passerait facilement pour un sympathisant ou bien consolateur malhabile, mais peut être aussi un porte-parole déloyal ou bien un représentant inauthentique. Les deux questions que pose Job au quatrième verset disent clairement ce que pense Job. « A qui tes paroles s’adressent-elles ? De qui vient cette inspiration qui émane en toi ? »

Après cette critique brève mais virulente, Job enchaîne tout de suite par un autre discours qui fait étalage des œuvres de Dieu. Dès lors, Job laisse donc entendre en filigrane dans les lignes qui suivront que, même malgré ses plaintes contre Dieu, malgré les doutes et les turpitudes semés dans son cœur par sa souffrance infinie et inexplicable, il serait encore mieux armé et plus habile que Bildad pour articuler les mystères divins. L’œuvre de Dieu est inouïe, et la réalité solennelle des forces visibles et invisibles de la création en est la preuve.

Mais malgré cette reconnaissance de la sagesse insondable de Dieu, Job ne renoncera en aucun cas à contester la justice de Dieu et à réitérer de vive voix son innocence. Et pour dire cela, Job ne cherchera même pas à manier la langue de bois : « Par la vie du Dieu qui me dénie justice, par le puissant qui m’a aigri le cœur… » Mais qu’à cela ne tienne, Job veille aussi bien sur son langage, et fait très bien la part des choses. Il reconnaît très bien que le souffle qui le fait vivre lui vient de Dieu. Nonobstant, en décriant le mauvais et injuste traitement qu’il subit, Job veille à ce que rien de perfide, rien de fourbe ou de pervers ne puisse se mêler à son cri de détresse. « Je jure que mes lèvres ne diront rien de perfide. » (27:4) Nous retrouvons ainsi donc un même Job à la fois révolté et confiant en Dieu. On retrouve peut-être là, les deux expressions respectives de la fragilité humaine et de la fermeté de la foi. Dans la suite du poème, Job passe directement et sans transition à une description du comportement du méchant, et l’éventuel sort que lui réserve le bon Dieu.

En fait, cette description ne serait rien d’autre qu’une vive interpellation qui viserait tout simplement à attirer l’attention de Bildad et des deux autres amis de Job sur la différence qu’il y a entre le comportement du méchant et le sien. Job quant à lui veut croire et espérer jusqu’au bout. Tant que « le souffle de Dieu sera dans ses narines», il espérera toujours ; et ce serait une abomination si jamais il cesse, et cela donnerait raison à ses amis contestataires de son intégrité. Pouvons-nous nous aussi, tenir bon comme Job, espérer que Dieu peut toujours faire quelque chose dans notre vie, même s’il ne nous reste que le souffle dans les narines ?

Le Livre de Job

N° 20 du 21 avril 2013

Job, 28:1 - 29:25

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 28

 

1 Il y a pour l'argent une mine d'où on le fait sortir, et pour l'or un lieu d'où on l'extrait pour l'affiner ;

2 Le fer se tire de la poussière, et la pierre se fond pour produire l'airain.

3 L'homme fait cesser les ténèbres ; il explore, jusque dans les endroits les plus profonds, Les pierres cachées dans l'obscurité et dans l'ombre de la mort.

4 Il creuse un puits loin des lieux habités ; ses pieds ne lui sont plus en aide, Et il est suspendu, balancé, loin des humains.

5 La terre, d'où sort le pain, est bouleversée dans ses entrailles comme par le feu.

6 Ses pierres contiennent du saphir, et l'on y trouve de la poudre d'or.

7 L'oiseau de proie n'en connaît pas le sentier, l'œil du vautour ne l'a point aperçu ;

8 Les plus fiers animaux ne l'ont point foulé, le lion n'y a jamais passé.

9 L'homme porte sa main sur le roc, il renverse les montagnes depuis la racine ;

10 Il ouvre des tranchées dans les rochers, et son œil contemple tout ce qu'il y a de précieux ;

11 Il arrête l'écoulement des eaux, et il produit à la lumière ce qui est caché.

12 Mais la sagesse, où se trouve-t-elle ? Où est la demeure de l'intelligence ?

13 L'homme n'en connaît point le prix ; elle ne se trouve pas dans la terre des vivants.

14 L'abîme dit : elle n'est point en moi ; et la mer dit : elle n'est point avec moi.

15 Elle ne se donne pas contre de l'or pur, elle ne s'achète pas au poids de l'argent ;

16 Elle ne se pèse pas contre l'or d'Ophir, ni contre le précieux onyx, ni contre le saphir ;

17 Elle ne peut se comparer à l'or ni au verre, elle ne peut s'échanger pour un vase d'or fin.

18 Le corail et le cristal ne sont rien auprès d'elle : la sagesse vaut plus que les perles.

19 La topaze d'Éthiopie n'est point son égale, et l'or pur n'entre pas en balance avec elle.

20 D'où vient donc la sagesse ? Où est la demeure de l'intelligence ?

21 Elle est cachée aux yeux de tout vivant, elle est cachée aux oiseaux du ciel.

22 Le gouffre et la mort disent : nous en avons entendu parler.

23 C'est Dieu qui en sait le chemin, c'est lui qui en connaît la demeure ;

24 Car il voit jusqu'aux extrémités de la terre, il aperçoit tout sous les cieux.

25 Quand il régla le poids du vent, et qu'il fixa la mesure des eaux,

26 Quand il donna des lois à la pluie, et qu'il traça la route de l'éclair et du tonnerre,

27 Alors il vit la sagesse et la manifesta, il en posa les fondements et la mit à l'épreuve.

28 Puis il dit à l'homme : voici, la crainte du Seigneur, c'est la sagesse ; S'éloigner du mal, c'est l'intelligence.

 

Chapitre 29

 

1 Job prit de nouveau la parole sous forme sentencieuse et dit :

2 Oh ! que ne puis-je être comme aux mois du passé, comme aux jours où Dieu me gardait,

3 Quand sa lampe brillait sur ma tête, et que sa lumière me guidait dans les ténèbres !

4 Que ne suis-je comme aux jours de ma vigueur, où Dieu veillait en ami sur ma tente,

5 Quand le Tout Puissant était encore avec moi, et que mes enfants m'entouraient ;

6 Quand mes pieds se baignaient dans la crème et que le rocher répandait près de moi des ruisseaux d'huile !

7 Si je sortais pour aller à la porte de la ville, et si je me faisais préparer un siège dans la place,

8 Les jeunes gens se retiraient à mon approche, les vieillards se levaient et se tenaient debout.

9 Les princes arrêtaient leurs discours, et mettaient la main sur leur bouche ;

10 La voix des chefs se taisait, et leur langue s'attachait à leur palais.

11 L'oreille qui m'entendait me disait heureux, l'œil qui me voyait me rendait témoignage ;

12 Car je sauvais le pauvre qui implorait du secours, et l'orphelin qui manquait d'appui.

13 La bénédiction du malheureux venait sur moi ; je remplissais de joie le cœur de la veuve.

14 Je me revêtais de la justice et je lui servais de vêtement, j'avais ma droiture pour manteau et pour turban.

15 J'étais l'œil de l'aveugle et le pied du boiteux.

16 J'étais le père des misérables, j'examinais la cause de l'inconnu ;

17 Je brisais la mâchoire de l'injuste, et j'arrachais de ses dents la proie.

18 Alors je disais : je mourrai dans mon nid, mes jours seront abondants comme le sable ;

19 L'eau pénétrera dans mes racines, la rosée passera la nuit sur mes branches ;

20 Ma gloire reverdira sans cesse, et mon arc rajeunira dans ma main.

21 On m'écoutait et l'on restait dans l'attente, on gardait le silence devant mes conseils.

22 Après mes discours, nul ne répliquait, et ma parole était pour tous une bienfaisante rosée ;

23 Ils comptaient sur moi comme sur la pluie, ils ouvraient la bouche comme pour une pluie du printemps.

24 Je leur souriais quand ils perdaient courage, et l'on ne pouvait chasser la sérénité de mon front.

25 J'aimais à aller vers eux, et je m'asseyais à leur tête ; j'étais comme un roi au milieu d'une troupe, comme un consolateur auprès des affligés.

 

 

Commentaires

Intelligence et Sagesse en quête du bonheur et du sens de l’existence humaine.

Nul ne peut ni compromettre ni douter de la capacité de l’homme de faire de grandes découvertes, de grandes inventions et de grands exploits. Job nous fait un beau bilan compréhensif de tout cela. De plus, c’est toujours l’Homme qui a imaginé et attribué la valeur des choses : des moins précieuses aux plus précieuses. C’est de là qu’il s’est jeté incessamment dans la poursuite ardente et parfois déchaînée de l’or, de l’argent, des pierres précieuses. Avec sa capacité d’invention et son désir intense de se dépasser, d’atteindre le but qu’il se propose et de découvrir des choses nouvelles, l’Homme a réussi à se frayer des chemins à travers les eaux, à travers les forêts et les montagnes et même dans les airs. Cela est certes un exploit considérable qui contribue d’ailleurs à son épanouissement et à son bonheur.

Cependant, on peut se demander jusqu’où il peut aussi pousser sa curiosité de découverte dans la quête du sens de l’existence ? D’emblée, d’où lui vient son intelligence et sa capacité d’inventer? Devons-nous admettre que l’existence ne serait qu’un simple accident ? Ou bien une pure fatalité ? Une réponse affirmative serait vraiment absurde. Derrière la création, il existe un architecte suprême avec une sagesse sans pareille et insondable. Jean Radermakers nous dit que « Dieu, dans sa souveraine Sagesse, a dissimulé dans l’univers des richesses afin que l’Homme puisse se déployer et exercer sa sagacité et son savoir-faire. Il peut ainsi former sa liberté en exploitant la nature qui lui est soumise et dont il doit respecter la finalité. »

Ce respect n’est rien d’autre que le respect du dessein de Celui qui a créé. Et l’Homme ne saurait respecter la finalité des choses s’il ne savait pas d’où viennent ces choses, lui-même compris. C’est donc cette reconnaissance qui fait de l’Homme non seulement un être intelligent, supérieur aux autres, mais plutôt un être sage. A en croire Job, la sagesse serait la seule chose au monde qui n’a pas de prix, « elle ne s’achète pas au poids de l’argent, l’or d’Ofir ne la vaut pas… et la topaze de Nubie n’atteint pas son prix. » C’est donc là le vrai trésor qu’il faut poursuivre dans la vie. Et le livre des Proverbes nous dit que le début de la sagesse se trouverait dans la crainte du Seigneur.

Dans un langage nuancé mais assez clair, Job exprime à la fois reconnaissance et regret. Reconnaissance envers Dieu pour sa largesse et sa bonté débordante; regret pour ce temps qui est maintenant révolu et qu’un éventuel rétablissement semble renvoyé aux calendes grecques. À lire entre les lignes des versets 11-17 du chapitre 29, Job nous donne l’impression qu’il avait déjà commencé à vivre les béatitudes. Job dit clairement que « L’oreille qui l’entendait le déclarait heureux et l’œil qui le voyait lui rendait témoignage. Car li sauvait le pauvre qui crie à l’aide, et l’orphelin sans secours… Il rendait aussi la joie au cœur de la veuve. » Ce récit de Job semble plutôt laisser entrevoir une forme de plaidoirie qui prend à témoins ses interlocuteurs ou mieux encore ses accusateurs. C’est d’ailleurs la méthode type de défense de Job, il l’a déjà fait avec Dieu dans quelques textes précédents (Job 16), et voilà qu’il fait de même ici avec les hommes (ses amis accusateurs.) Cette manière de procéder ne peut être rien d’autre que l’expression sincère et vraie de son agir et même de celle de ses intentions les plus profondes.

Le Livre de Job

N° 21 du 28 avril 2013

Job, 30:1 - 31:40

Par le Père Jean Djosir smmm

 

 Chapitre 30

 

1 Et maintenant !... je suis la risée de plus jeunes que moi, de ceux dont je dédaignais de mettre les pères parmi les chiens de mon troupeau.

2 Mais à quoi me servirait la force de leurs mains ? Ils sont incapables d'atteindre la vieillesse.

3 Desséchés par la misère et la faim, ils fuient dans les lieux arides, depuis longtemps abandonnés et déserts ;

4 Ils arrachent près des arbrisseaux les herbes sauvages, et ils n'ont pour pain que la racine des genêts.

5 On les chasse du milieu des hommes, on crie après eux comme après des voleurs.

6 Ils habitent dans d'affreuses vallées, dans les cavernes de la terre et dans les rochers ;

7 Ils hurlent parmi les buissons, ils se rassemblent sous les ronces.

8 Êtres vils et méprisés, on les repousse du pays.

9 Et maintenant, je suis l'objet de leurs chansons, je suis en butte à leurs propos.

10 Ils ont horreur de moi, ils se détournent, ils me crachent au visage.

11 Ils n'ont plus de retenue et ils m'humilient, ils rejettent tout frein devant moi.

12 Ces misérables se lèvent à ma droite et me poussent les pieds, ils se fraient contre moi des sentiers pour ma ruine ;

13 Ils détruisent mon propre sentier et travaillent à ma perte, eux à qui personne ne viendrait en aide ;

14 Ils arrivent comme par une large brèche, ils se précipitent sous les craquements.

15 Les terreurs m'assiègent ; ma gloire est emportée comme par le vent, mon bonheur a passé comme un nuage.

16 Et maintenant, mon âme s'épanche en mon sein, les jours de la souffrance m'ont saisi.

17 La nuit me perce et m'arrache les os, la douleur qui me ronge ne se donne aucun repos,

18 Par la violence du mal mon vêtement perd sa forme, il se colle à mon corps comme ma tunique.

19 Dieu m'a jeté dans la boue, et je ressemble à la poussière et à la cendre.

20 Je crie vers toi, et tu ne me réponds pas ; je me tiens debout, et tu me lances ton regard.

21 Tu deviens cruel contre moi, tu me combats avec la force de ta main.

22 Tu mu soulèves, tu me fais voler au-dessus du vent, et tu m'anéantis au bruit de la tempête.

23 Car, je le sais, tu me mènes à la mort, au rendez-vous de tous les vivants.

24 Mais celui qui va périr n'étend-il pas les mains ? Celui qui est dans le malheur n'implore-t-il pas du secours ?

25 N'avais-je pas des larmes pour l'infortuné ? Mon cœur n'avait-il pas pitié de l'indigent ?

26 J'attendais le bonheur, et le malheur est arrivé ; j'espérais la lumière, et les ténèbres sont venues.

27 Mes entrailles bouillonnent sans relâche, les jours de la calamité m'ont surpris.

28 Je marche noirci, mais non par le soleil ; je me lève en pleine assemblée, et je crie.

29 Je suis devenu le frère des chacals, le compagnon des autruches.

30 Ma peau noircit et tombe, mes os brûlent et se dessèchent.

31 Ma harpe n'est plus qu'un instrument de deuil, et mon chalumeau ne peut rendre que

des sons plaintifs.

 

Chapitre 31

 

1 J'avais fait un pacte avec mes yeux, et je n'aurais pas arrêté mes regards sur une vierge.

2 Quelle part Dieu m'eût-il réservée d'en haut ? Quel héritage le Tout Puissant m'eût-il envoyé des cieux ?

3 La ruine n'est-elle pas pour le méchant, et le malheur pour ceux qui commettent l'iniquité ?

4 Dieu n'a-t-il pas connu mes voies ? N'a-t-il pas compté tous mes pas ?

5 Si j'ai marché dans le mensonge, si mon pied a couru vers la fraude,

6 Que Dieu me pèse dans des balances justes, et il reconnaîtra mon intégrité !

7 Si mon pas s'est détourné du droit chemin, si mon cœur a suivi mes yeux, si quelque souillure s'est attachée à mes mains,

8 Que je sème et qu'un autre moissonne, et que mes rejetons soient déracinés !

9 Si mon cœur a été séduit par une femme, si j'ai fait le guet à la porte de mon prochain,

10 Que ma femme tourne la meule pour un autre, et que d'autres la déshonorent !

11 Car c'est un crime, un forfait que punissent les juges ;

12 C'est un feu qui dévore jusqu'à la ruine, et qui aurait détruit toute ma richesse.

13 Si j'ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante lorsqu'ils étaient en contestation avec moi,

14 Qu'ai-je à faire, quand Dieu se lève ? Qu'ai-je à répondre, quand il châtie ?

15 Celui qui m'a créé dans le ventre de ma mère ne l'a-t-il pas créé ? Le même Dieu ne nous a-t-il pas formés dans le sein maternel ?

16 Si j'ai refusé aux pauvres ce qu'ils demandaient, si j'ai fait languir les yeux de la veuve,

17 Si j'ai mangé seul mon pain, sans que l'orphelin en ait eu sa part,

18 Moi qui l'ai dès ma jeunesse élevé comme un père, moi qui dès ma naissance ai soutenu la veuve ;

19 Si j'ai vu le malheureux manquer de vêtements, l'indigent n'avoir point de couverture,

20 Sans que ses reins m'aient béni, sans qu'il ait été réchauffé par la toison de mes agneaux ;

21 Si j'ai levé la main contre l'orphelin, parce que je me sentais un appui dans les juges ;

22 Que mon épaule se détache de sa jointure, que mon bras tombe et qu'il se brise !

23 Car les châtiments de Dieu m'épouvantent, et je ne puis rien devant sa majesté.

24 Si j'ai mis dans l'or ma confiance, si j'ai dit à l'or : tu es mon espoir ;

25 Si je me suis réjoui de la grandeur de mes biens, de la quantité des richesses que j'avais acquises ;

26 Si j'ai regardé le soleil quand il brillait, la lune quand elle s'avançait majestueuse,

27 Et si mon cœur s'est laissé séduire en secret, si ma main s'est portée sur ma bouche ;

28 C'est encore un crime que doivent punir les juges, et j'aurais renié le Dieu d'en haut !

29 Si j'ai été joyeux du malheur de mon ennemi, si j'ai sauté d'allégresse quand les revers l'ont atteint,

30 Moi qui n'ai pas permis à ma langue de pécher, de demander sa mort avec imprécation ;

31 Si les gens de ma tente ne disaient pas : où est celui qui n'a pas été rassasié de sa viande ?

32 Si l'étranger passait la nuit dehors, si je n'ouvrais pas ma porte au voyageur ;

33 Si, comme les hommes, j'ai caché mes transgressions, et renfermé mes iniquités dans mon sein,

34 Parce que j'avais peur de la multitude, parce que je craignais le mépris des familles, Me tenant à l'écart et n'osant franchir ma porte...

35 Oh ! qui me fera trouver quelqu'un qui m'écoute ? Voilà ma défense toute signée : Que le Tout Puissant me réponde ! Qui me donnera la plainte écrite par mon adversaire ?

36 Je porterai son écrit sur mon épaule, je l'attacherai sur mon front comme une couronne ;

37 Je lui rendrai compte de tous mes pas, je m'approcherai de lui comme un prince.

38 Si ma terre crie contre moi, et que ses sillons versent des larmes ;

39 Si j'en ai mangé le produit sans l'avoir payée, et que j'aie attristé l'âme de ses anciens maîtres ;

40 Qu'il y croisse des épines au lieu de froment, et de l'ivraie au lieu d'orge ! Fin des paroles de Job.

 

 

 Commentaires

Quel bien pouvons-nous posséder qui ne peut pas disparaître ?

En comparant sa présente situation miséreuse à son passé heureux, élogieux et joyeux, Job nous lance en plein dans la discussion sur la question de la précarité ou bien même la vanité de certaines choses qui font l’obsession de beaucoup de personnes et qui hantent leurs esprits : poursuite effrénée de l’autorité, du pouvoir, de l’honneur, et des richesses, etc. … Soit, au nom de la recherche du bonheur, Job déclare avoir eu tout cela dans la vie et de la manière la plus honnête, et voilà que tout d’un coup, tout s’est envolé en un peu de temps. « L’épouvante a foncé contre moi. En coup de vent elle a chassé mon assurance. Mon bien-être a disparu comme un nuage. » Job qui auparavant faisait l’admiration de son entourage, est devenu tout d’un coup la risée de tout le monde du jour au lendemain. Dès lors, en quoi devons-nous mettre notre confiance ? Sur qui et/ou sur quoi devons-nous compter dans la vie ? Le pouvoir, l’honneur, la richesse méritent-ils vraiment notre confiance absolue ?

Mais si par contre nous confessons que nous avons mis notre confiance en un Dieu Juste, Bon et Éternel, que devons-nous espérer ou bien attendre de lui ? Bénédiction, bien sûr ! Protection, pourquoi pas ? Mais alors comment le fait-il ? Que se passe-t-il lorsque notre âme est secouée comme une pirogue par une vague de tempête violente ? Que se passe-t-il lorsque nos proches et nos amis sèment le doute dans notre cœur et cristallisant ainsi les incertitudes, que la réalité apparemment manifeste des choses semble aussi confirmer les spéculations et les propos gratuits des uns et des autres? Dans pareilles situations, on ne peut être que plongé dans la confusion totale comme Job.

Curieusement, nous pouvons constater que les chapitres 30 et 31 qui constituent ici notre dernière section du onzième poème de Job, regorgent d’un nombre très impressionnant de points d’interrogations (plus ou moins une vingtaine au total). Il ne serait donc pas étonnant d’interpréter cela comme l’expression pure et simple de la confusion de Job ou bien même de son exaspération. Sachant tout de même que sa situation pourrait sans doute l’amener au « rendez-vous de tous les vivants : la mort » Job semble ne pas vouloir se résigner ; il veut que Dieu réponde à ses multiples questions si c’est de lui que vient malheur. Job revient ainsi sur la question répugnante de la présumée « justice divine de rétribution ». Pour ce faire, Job va donc faire étalage de toutes ses bonnes œuvres.

Quoique cette manière de faire prête à équivoque et peut facilement passer pour acte d’orgueil et d’autoglorification, Job n’hésitera pas à en faire usage parce qu’il est acculé par ses interlocuteurs qui l’accusent faussement et injustement sur base de la rétribution, il est troublé et bouleversé par le silence de Dieu devant la souffrance atroce et interminable des personnes intègres et justes; dès lors, ses œuvres et actions témoignent pour lui, car c’est le seul recours qui lui reste. Dans sa plaidoirie, Job va jusqu’à prendre à témoin même les êtres inanimés. Que la terre parle, si jamais il était coupable d’une quelconque fraude ou bien d’un quelconque acte violence. « Voilà mon dernier mot; au puissant de me répondre ! Je veux rendre compte de mes pas. »

Le Livre de Job

N° 22 du 5 mai 2013

Job, 32:1 - 33:33

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 32

 

1 Ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, parce qu'il se regardait comme juste.

2 Alors s'enflamma de colère Élihu, fils de Barakeel de Buz, de la famille de Ram. Sa colère s'enflamma contre Job, parce qu'il se disait juste devant Dieu.

3 Et sa colère s'enflamma contre ses trois amis, parce qu'ils ne trouvaient rien à répondre et que néanmoins ils condamnaient Job.

4 Comme ils étaient plus âgés que lui, Élihu avait attendu jusqu'à ce moment pour parler à Job.

5 Mais, voyant qu'il n'y avait plus de réponse dans la bouche de ces trois hommes, Élihu s'enflamma de colère.

6 Et Élihu, fils de Barakeel de Buz, prit la parole et dit : Je suis jeune, et vous êtes des  vieillards ; C'est pourquoi j'ai craint, j'ai redouté de vous faire connaître mon sentiment.

7 Je disais en moi-même : Les jours parleront, Le grand nombre des années enseignera la sagesse.

8 Mais en réalité, dans l'homme, c'est l'esprit, le souffle du Tout Puissant, qui donne l'intelligence ;

9 Ce n'est pas l'âge qui procure la sagesse, Ce n'est pas la vieillesse qui rend capable de juger.

10 Voilà pourquoi je dis : écoute ! Moi aussi, j'exposerai ma pensée.

11 J'ai attendu la fin de vos discours, J'ai suivi vos raisonnements, Votre examen des paroles de Job.

12 Je vous ai donné toute mon attention ; Et voici, aucun de vous ne l'a convaincu, Aucun  n'a réfuté ses paroles.

13 Ne dites pas cependant : en lui nous avons trouvé la sagesse ; c'est Dieu qui peut le confondre, ce n'est pas un homme !

14 Il ne s'est pas adressé directement à moi : aussi lui répondrai-je tout autrement que vous.

15 Ils ont peur, ils ne répondent plus ! Ils ont la parole coupée !

16 J'ai attendu qu'ils eussent fini leurs discours, qu'ils s'arrêtassent et ne sussent que répliquer.

17 À mon tour, je veux répondre aussi, je veux dire aussi ce que je pense.

18 Car je suis plein de paroles, l'esprit me presse au dedans de moi ;

19 Mon intérieur est comme un vin qui n'a pas d'issue, comme des outres neuves qui vont éclater.

20 Je parlerai pour respirer à l'aise, j'ouvrirai mes lèvres et je répondrai.

21 Je n'aurai point égard à l'apparence, et je ne flatterai personne ;

22 Car je ne sais pas flatter : mon créateur m'enlèverait bien vite.

Chapitre 33

 

1 Maintenant donc, Job, écoute mes discours, prête l'oreille à toutes mes paroles !

2 Voici, j'ouvre la bouche, ma langue se remue dans mon palais.

3 C'est avec droiture de cœur que je vais parler, c'est la vérité pure qu'exprimeront mes lèvres :

4 L'esprit de Dieu m'a créé, et le souffle du Tout Puissant m'anime.

5 Si tu le peux, réponds-moi, défends ta cause, tiens-toi prêt !

6 Devant Dieu je suis ton semblable, j'ai été comme toi formé de la boue ;

7 Ainsi mes terreurs ne te troubleront pas, et mon poids ne saurait t'accabler.

8 Mais tu as dit à mes oreilles, et j'ai entendu le son de tes paroles :

9 Je suis pur, je suis sans péché, je suis net, il n'y a point en moi d'iniquité.

10 Et Dieu trouve contre moi des motifs de haine, il me traite comme son ennemi ;

11 Il met mes pieds dans les ceps, il surveille tous mes mouvements.

12 Je te répondrai qu'en cela tu n'as pas raison, car Dieu est plus grand que l'homme.

13 Veux-tu donc disputer avec lui, parce qu'il ne rend aucun compte de ses actes ?

14 Dieu parle cependant, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, et l'on n'y prend point garde.

15 Il parle par des songes, par des visions nocturnes, quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, quand ils sont endormis sur leur couche.

16 Alors il leur donne des avertissements et met le sceau à ses instructions,

17 Afin de détourner l'homme du mal et de le préserver de l'orgueil,

18 Afin de garantir son âme de la fosse et sa vie des coups du glaive.

19 Par la douleur aussi l'homme est repris sur sa couche, quand une lutte continue vient agiter ses os.

20 Alors il prend en dégoût le pain, même les aliments les plus exquis ;

21 Sa chair se consume et disparaît, ses os qu'on ne voyait pas sont mis à nu ;

22 Son âme s'approche de la fosse, et sa vie des messagers de la mort.

23 Mais s'il se trouve pour lui un ange intercesseur, un d'entre les mille qui annoncent à l'homme la voie qu'il doit suivre,

24 Dieu a compassion de lui et dit à l'ange : délivre-le, afin qu'il ne descende pas dans la fosse ; j'ai trouvé une rançon !

25 Et sa chair a plus de fraîcheur qu'au premier âge, il revient aux jours de sa jeunesse.

26 Il adresse à Dieu sa prière ; et Dieu lui est propice, lui laisse voir sa face avec joie, et

lui rend son innocence.

27 Il chante devant les hommes et dit : j'ai péché, j'ai violé la justice, et je n'ai pas été

puni comme je le méritais ;

28 Dieu a délivré mon âme pour qu'elle n'entrât pas dans la fosse, et ma vie s'épanouit à la lumière !

29 Voilà tout ce que Dieu fait, deux fois, trois fois, avec l'homme,

30 Pour ramener son âme de la fosse, pour l'éclairer de la lumière des vivants.

31 Sois attentif, Job, écoute-moi ! tais-toi, et je parlerai !

32 Si tu as quelque chose à dire, réponds-moi ! Parle, car je voudrais te donner raison.

33 Si tu n'as rien à dire, écoute-moi ! Tais-toi, et je t'enseignerai la sagesse.

 

 

Commentaires

L’inspiration divine surpasse la sagesse quotidienne

Jusque-là, rien n’a été dit sur Élihou, ce quatrième interlocuteur de Job qui ne prend la parole pour la première fois que maintenant. La chose la plus curieuse à propos de ce personnage pourrait être le fait qu’il entre en scène de manière plus ou moins fortuite et peut être même furtive. Que ce soit dans la maison de Job ou bien dans la conversation, rien n’est annoncé. À part le fait que le narrateur nous dit qu’Élihou serait le plus jeune des quatre autres et qu’il serait le fils d’un certain Barakéel le Bouzite, du clan de Ram, rien ne filtre sur le motif de sa présence dans la maison de Job. Serait-il un autre ami de Job venu sympathiser avec Job comme les trois autres ? Ou bien serait-il une personne qui habite chez Job ou un voisin ? Il va d’ailleurs jusqu’à surprendre même ses interlocuteurs par sa prise de position dans la conversation supposée amicale et sympathique mais devenue houleuse.

La surprise, voire même le mystère, qui entoure ce personnage ne va pas se retrouver forcément dans le ton de son intervention : la colère; mais elle est plutôt découverte dans la forme interventionniste bien que hasardeuse mais tranchée et objective de cette intervention. Elle vient en dernière position et même après que d’autres sont déjà intervenus au moins trois fois, elle devrait être lue en parallèle avec la mention de son âge dans le texte, comme étant le plus jeunes des cinq (cf. Job, 32:4). Nul ne doute que la conversation autour de Job se situerait dans le cadre d’une société typiquement traditionnelle et patriarcale. Dès lors, il serait intéressant de noter que dans les sociétés de ce type, l’âge et le sexe jouent un rôle assez prépondérant et non négligeable dans l’ordre des choses comme c’est le cas ici dans l’ordre de la prise de parole. Il est donc très normal qu’Élihou intervienne en dernière position. Qu’à cela ne tienne, que va-t-il apporter de nouveau au débat ? Serait-il pour Dieu ? Bien sûr que oui ! Mais alors de quel Dieu s’agirait-il donc ? Serait-ce le Dieu de rétribution défendu par Bildad et ses compagnons ou bien le Dieu indifférent de Job qui laisse les personnes intègres souffrir sans aucune cause juste ?

Pour Elihou, ni Job, ni Bildad et ses compagnons ne laissent entrevoir une image vraie de Dieu. Elihou est en quelque sorte l’Esprit de Dieu en action. (cf. Job, 32:8) Il pourrait donc passer facilement pour le vrai prophète qui fait preuve d’un discernement spirituel hors du commun, il est l’image propre de ce qui peut se revendiquer de caractère divin. Il va briller par son intervention impartiale comme il le réclame. « Je m’interdis de favoriser personne et de flatter qui que ce soit, d’ailleurs je ne sais pas flatter… » Il va donc reprocher aux uns et autres leurs errements. Elihou reconnaît la souffrance (peut-être injuste) qu’affrontent souvent les humains, mais cela ne serait pas assez pour se révolter contre Dieu et lui intenter un procès. Même étant juste et intègre, il est possible de frôler la fosse, mais ceux et celles qui ont mis leur confiance totale en Dieu, auront toujours des anges qui diront : « Exempte-le/la de descendre dans la fosse, j’ai découvert une rançon ! » 

Le Livre de Job

N° 23 du 12 mai 2013

Job, 34:1 - 34:30

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 34

 

1 Élihu reprit et dit :

2 Sages, écoutez mes discours ! Vous qui êtes intelligents, prêtez-moi l'oreille !

3 Car l'oreille discerne les paroles, comme le palais savoure les aliments.

4 Choisissons ce qui est juste, voyons entre nous ce qui est bon.

5 Job dit : Je suis innocent, et Dieu me refuse justice ;

6 J'ai raison, et je passe pour menteur ; ma plaie est douloureuse, et je suis sans péché.

7 Y a-t-il un homme semblable à Job, buvant la raillerie comme l'eau,

8 Marchant en société de ceux qui font le mal, cheminant de pair avec les impies ?

9 Car il a dit : il est inutile à l'homme de mettre son plaisir en Dieu.

10 Écoutez-moi donc, hommes de sens ! Loin de Dieu l'injustice, loin du Tout Puissant l'iniquité !

11 Il rend à l'homme selon ses œuvres, il rétribue chacun selon ses voies.

12 Non certes, Dieu ne commet pas l'iniquité ; le Tout Puissant ne viole pas la justice.

13 Qui l'a chargé de gouverner la terre ? Qui a confié l'univers à ses soins ?

14 S'il ne pensait qu'à lui-même, s'il retirait à lui son esprit et son souffle,

15 Toute chair périrait soudain, et l'homme rentrerait dans la poussière.

16 Si tu as de l'intelligence, écoute ceci, prête l'oreille au son de mes paroles !

17 Un ennemi de la justice régnerait-il ? et condamneras-tu le juste, le puissant,

18 Qui proclame la méchanceté des rois et l'iniquité des princes,

19 Qui n'a point égard à l'apparence des grands et ne distingue pas le riche du pauvre, parce que tous sont l'ouvrage de ses mains ?

20 En un instant, ils perdent la vie ; au milieu de la nuit, un peuple chancelle et périt ; le puissant disparaît, sans la main d'aucun homme.

21 Car Dieu voit la conduite de tous, il a les regards sur les pas de chacun.

22 Il n'y a ni ténèbres ni ombre de la mort, où puissent se cacher ceux qui commettent l'iniquité.

23 Dieu n'a pas besoin d'observer longtemps, pour qu'un homme entre en jugement avec lui ;

24 Il brise les grands sans information, et il met d'autres à leur place ;

25 Car il connaît leurs œuvres. ils les renversent de nuit, et ils sont écrasés ;

26 Il les frappe comme des impies, à la face de tous les regards.

27 En se détournant de lui, en abandonnant toutes ses voies,

28 Ils ont fait monter à Dieu le cri du pauvre, ils l'ont rendu attentif aux cris des malheureux.

29 S'il donne le repos, qui répandra le trouble ? S'il cache sa face, qui pourra le voir ? Il traite à l'égal soit une nation, soit un homme,

30 Afin que l'impie ne domine plus, et qu'il ne soit plus un piège pour le peuple.

 

 

Commentaires

Le Tout-Puissant ne viole pas le droit et ne pervertit pas la justice.

Dans le deuxième discours d’Élihu, il apparaît clairement que ce dernier entend remettre en question non seulement les argumentations de Job mais aussi celles des prétendus vieux sages et défenseurs de la cause de Dieu. Par cette démarche, Élihu va apparaître comme celui qui se rapproche le plus de la vérité divine par sa manière de faire la part des choses. Néanmoins, on se réservera quand même de dire qu’il a tout à fait raison en tout dans cette argumentation. Dans un premier temps, il va reprocher à Job de s’être écarté de la vérité de Dieu en perdant la patience. La souffrance a toujours quelque chose à nous apprendre, et d’ailleurs, la foi s’affirmerait même par les épreuves.

Par cette argumentation, nous pouvons même oser dire qu’Élihu serait déjà en quelque sorte le précurseur de la fameuse théologie pétrinienne de la vraie foi qui se confirme dans les épreuves. Dans sa Première Lettre, Saint Pierre nous dit que: «… même si toutes sortes de difficultés doivent nous rendre tristes pendant un peu de temps, elles serviront à montrer la qualité de notre foi. L'or peut s'abîmer, pourtant on le met dans le feu, pour voir s'il est pur. C'est pareil pour votre foi. Elle est plus précieuse que l'or, mais elle aussi peut être mise à l'épreuve. » (cf. 1 Pierre1 :6-9)

Par ailleurs, même si Élihu ne prétend pas connaître toutes les pensées de Dieu, il réfute les images fausses qui lui sont attribuées. Tout d’abord il veut rappeler et prouver à Job que Dieu, loin d’être perfide, est toujours fidèle et bon, surtout envers les personnes qui ont mis toute leur confiance en lui. En fait, la confiance en Dieu devrait être normalement une confiance qui n’a pas de limites. Dès lors, si Job se réclame comme un homme fidèle à Dieu, l’assurance de son intégrité devrait à tout le moins l’amener à une éventuelle totale confiance en Dieu plutôt qu’à une quelconque révolte.

Éventuellement, si Job a mis sa foi et sa confiance en Dieu parce que sa justice est irréprochable, il est donc hors de question que Job soit arrivé si vite à s’indigner de la manière suivante : « Qu’est-ce que l’homme gagne vraiment à servir Dieu ? » (Job 34 :9). Par contre, même s’il apparaît aussi clairement qu’Élihu réprouve certains propos de Job, il est aussi très intéressant de remarquer que dans la réprimande de Élihu, il ne va apparaître nulle part que ce dernier impute à Job un quelconque crime secret que Dieu serait en train de punir sévèrement. Mais alors où va-t-il placer le rôle de Dieu dans les situations de détresse comme celle que traverse Job. Si ce n’est pas Dieu qui punit les personnes intègres, se laisse-t-il au moins atteindre par les cris de détresse de ces personnes lorsqu’elles sont frappées par un malheur quelconque ou bien serait-il insensible et impassible aux malheurs qui touchent les humains ? Comment Élihu peut-il expliquer l’impassibilité d’un Dieu Juste et Puissant devant les situations d’injustice ? C’est ici que la réponse d’Élihu est très attendue… 

Le Livre de Job

N° 24 du 19 mai 2013

Job, 34:31 - 35:16

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 34

 

31 Car a-t-il jamais dit à Dieu : j'ai été châtié, je ne pécherai plus ;

32 Montre-moi ce que je ne vois pas ; si j'ai commis des injustices, je n'en commettrai plus ?

33 Est-ce d'après toi que Dieu rendra la justice ? C'est toi qui rejettes, qui choisis, mais non pas moi ; ce que tu sais, dis-le donc !

34 Les hommes de sens seront de mon avis, le sage qui m'écoute pensera comme moi.

35 Job parle sans intelligence, et ses discours manquent de raison.

36 Qu'il continue donc à être éprouvé, puisqu'il répond comme font les méchants !

37 Car il ajoute à ses fautes de nouveaux péchés ; il bat des mains au milieu de nous, Il multiplie ses paroles contre Dieu.

 

Chapitre 35

 

1 Élihu reprit et dit :

2 Imagines-tu avoir raison, penses-tu te justifier devant Dieu,

3 Quand tu dis : que me sert-il, que me revient-il de ne pas pécher ?

4 C'est à toi que je vais répondre, et à tes amis en même temps.

5 Considère les cieux, et regarde ! Vois les nuées, comme elles sont au-dessus de toi !

6 Si tu pèches, quel tort lui causes-tu ? Et quand tes péchés se multiplient, que lui fais-tu ?

7 Si tu es juste, que lui donnes-tu ? Que reçoit-il de ta main ?

8 Ta méchanceté ne peut nuire qu'à ton semblable, ta justice n'est utile qu'au fils de l'homme.

9 On crie contre la multitude des oppresseurs, on se plaint de la violence d'un grand nombre ;

10 Mais nul ne dit : où est Dieu, mon créateur, qui inspire des chants d'allégresse pendant la nuit,

11 Qui nous instruit plus que les bêtes de la terre, et nous donne l'intelligence plus qu'aux oiseaux du ciel ?

12 On a beau crier alors, Dieu ne répond pas, à cause de l'orgueil des méchants.

13 C'est en vain que l'on crie, Dieu n'écoute pas, le Tout Puissant n'y a point égard.

14 Bien que tu dises que tu ne le vois pas, ta cause est devant lui : attends-le !

15 Mais, parce que sa colère ne sévit point encore, ce n'est pas à dire qu'il ait peu souci du crime.

16 Ainsi Job ouvre vainement la bouche, il multiplie les paroles sans intelligence.

 

 

Commentaires

Pourquoi Dieu s’intéresse-t-il à l’action des humains ?

Jusqu’ici, Élihu fait toujours montre de réactions bien tranchées. Il reproche à Job de prétendre enseigner à Dieu ce qu’est la justice. On peut être innocent et intègre, mais est-ce que cela obligerait Dieu à intervenir pour nous lorsque nous souffrons et éventuellement réclamons que justice soit faite ? C’est vraiment là une question assez délicate, complexe et radicale qui toucherait même le cœur de notre foi en un Dieu Bon et Juste. En agissant bien, que rapportons-nous à Dieu ? Ou bien en mal, que lui retirons-nous ? RIEN ! C’est la réponse la plus plausible et évidente. Cependant, un « RIEN »sec et radical peut prêter à équivoque et donner même une connotation négative et pessimiste du projet de Dieu pour les humains.

A partir du moment où nous affirmons que les actions humaines, bonnes ou mauvaises n’ajoutent ni ne retranchent rien à Dieu, la tentation serait grande d’affirmer que, logiquement, Dieu s’intéresserait moins à ce qui se passe chez les humains. Dès lors la soi-disant impassibilité de Dieu ou bien son silence peut passer pour indifférence manifeste. C’est d’ailleurs la tendance qui semble l’emporter chez Job, lorsqu’il contemple sa situation et celle des autres personnes innocentes qui souffrent injustement, crient vers le Dieu de la justice et n’obtiennent pas ipso facto gain de cause. « Que t’importe, et quel profit pour moi à ne pas pécher ? » crie désespérément Job. (cf. Job, 35 :3)

La réponse que rapporte Élihu est aussi simple que vraie, mais demande à être nuancée pour comprendre l’agir de Dieu ou son intérêt pour sa création. Au verset 8, Élihu rappelle à Job, que la méchanceté des humains ne peut nuire qu’aux humains, tout comme la bonté des humains ne peut profiter qu’aux humains. Mais alors ou peut-on mettre Dieu ? est-il présent ou carrément hors du jeu ? Je dirai qu’il est dans tout cela, il s’intéresse mais pas pour un intérêt particulier, sauf celui de la bonté. Nous confessons que Dieu est bon et a créé le monde par amour ; logiquement il devrait se réjouir lorsque sa bonté et son amour sont répandus parmi ses créatures. Cependant, cela ne veut pas dire qu’il tirerait un profit quelconque de ces actions. Même si on ne peut pas donner l’image parfaite de cette attitude de Dieu, on peut néanmoins en donner quelques-unes, bien qu‘anodines, mais qui peuvent se rapprocher un peu de cette réalité.

La première image qui me vient en tête c’est celle des fans du sport. Certaines personnes supportent une équipe ou une personne de leur choix sans aucun contact direct ou même indirect. Néanmoins la victoire ou la défaite de cette équipe ou de cette personne de leur choix joue un rôle non négligeable, voire déterminant, dans leur humeur et peut être même dans leur vie; et pourtant il ne tire aucun profit concret de la victoire de l’équipe ou de la personne de leur choix à part la joie de les voir gagner. Pourrait-on comparer Dieu à tel fan ? Je dirai encore NON ! Mon Dieu est plus que le meilleur grand fan qu’on pourrait imaginer. S’il peut être considéré comme tel, ce serait alors un fan qui peut changer les choses pour la cause qu’il soutient. Ce n’est pas un simple fan dépourvu…

 

Le Livre de Job

N° 25 du 26 mai 2013

Job, 36

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 36

 

1 Élihu continua et dit :

2 Attends un peu, et je vais poursuivre, car j'ai des paroles encore pour la cause de Dieu.

3 Je prendrai mes raisons de haut, et je prouverai la justice de mon créateur.

4 Sois en sûr, mes discours ne sont pas des mensonges, mes sentiments devant toi sont sincères.

5 Dieu est puissant, mais il ne rejette personne ; il est puissant par la force de son intelligence.

6 Il ne laisse pas vivre le méchant, et il fait droit aux malheureux.

7 Il ne détourne pas les yeux de dessus les justes, il les place sur le trône avec les rois, il les y fait asseoir pour toujours, afin qu'ils soient élevés.

8 Viennent-ils à tomber dans les chaînes, sont-ils pris dans les liens de l'adversité,

9 Il leur dénonce leurs œuvres, leurs transgressions, leur orgueil ;

10 Il les avertit pour leur instruction, il les exhorte à se détourner de l'iniquité.

11 S'ils écoutent et se soumettent, ils achèvent leurs jours dans le bonheur, leurs années dans la joie.

12 S'ils n'écoutent pas, ils périssent par le glaive, ils expirent dans leur aveuglement.

13 Les impies se livrent à la colère, ils ne crient pas à Dieu quand il les enchaîne ;

14 Ils perdent la vie dans leur jeunesse, ils meurent comme les débauchés.

15 Mais Dieu sauve le malheureux dans sa misère, et c'est par la souffrance qu'il l'avertit.

16 Il te retirera aussi de la détresse, pour te mettre au large, en pleine liberté, et ta table sera chargée de mets succulents.

17 Mais si tu défends ta cause comme un impie, le châtiment est inséparable de ta cause.

18 Que l'irritation ne t'entraîne pas à la moquerie, et que la grandeur de la rançon ne te fasse pas dévier !

19 Tes cris suffiraient-ils pour te sortir d'angoisse, et même toutes les forces que tu pourrais déployer ?

20 Ne soupire pas après la nuit, qui enlève les peuples de leur place.

21 Garde toi de te livrer au mal, car la souffrance t'y dispose.

22 Dieu est grand par sa puissance ; qui saurait enseigner comme lui ?

23 Qui lui prescrit ses voies ? Qui ose dire : tu fais mal ?

24 Souviens-toi d'exalter ses œuvres, que célèbrent tous les hommes.

25 Tout homme les contemple, chacun les voit de loin.

26 Dieu est grand, mais sa grandeur nous échappe, le nombre de ses années est impénétrable.

27 Il attire à lui les gouttes d'eau, il les réduit en vapeur et forme la pluie ;

28 Les nuages la laissent couler, ils la répandent sur la foule des hommes.

29 Et qui comprendra le déchirement de la nuée, le fracas de sa tente ?

30 Voici, il étend autour de lui sa lumière, et il se cache jusque dans les profondeurs de la mer.

31 Par ces moyens il juge les peuples, et il donne la nourriture avec abondance.

32 Il prend la lumière dans sa main, il la dirige sur ses adversaires.

33 Il s'annonce par un grondement ; les troupeaux pressentent son approche.

 

 

Commentaires

La Foi c’est cette force interne qui nous pousse à aller au-delà de l’ordinaire

Il est clair dans la tête de Job que sa conscience ne lui reproche rien sur sa conduite quotidienne. C’est la raison pour laquelle, il va continuer à insister sur son innocence et son intégrité, et il restera d’ailleurs pertinent et persuasif dans son plaidoyer. Malgré cela, Élihu ne veut pas non plus céder à ce beau discours de Job. Au contraire, il invite plutôt Job à l’écouter davantage car il a encore quelques instructions à lui faire passer sur le mystère de l’action de Dieu envers sa créature; peut-être en fin de compte, Job verra-t-il plus clair, sera-t-il d’accord avec lui bien sûr et puis malgré tout donnera-t-il aussi raison à Dieu. Pour ce faire, il ne faut pas chercher l’explication de la misère de Job dans son comportement intègre, mais peut être plutôt dans le surpassement de tout cela par Dieu.

Dès lors, pour convaincre Job, il faudra qu’Elihu fasse vraiment preuve d’inspiration spirituelle extraordinaire, c’est-à-dire trouver quelque chose de positivement divin dans les tourmentes effroyables. C’est sûrement la raison pour laquelle Élihu avouera qu’il lui faut tirer sa science de très loin. (cf. v.3) Ici, il ne s’agirait pas simplement de démontrer en quoi Job a tort ou bien en quoi il a péché, mais plutôt démontrer pourquoi Job doit encore continuer à espérer en Dieu, même au-delà de la raison avérée de sa bonne conduite et de son intégrité. Pour chercher et espérer trouver Dieu, il faut vraiment dépasser le commun, il faut dépasser l’ordinaire, ce qui, en fait, n’est pas chose très facile, moins encore très évidente. Mais qu’à cela ne tienne, Élihu restera toujours persuadé et convaincu qu’il est impossible que Dieu dise ou fasse quoi que ce soit qui soit indigne de lui-même. C’est peut-être là le savoir sûr dont se réclame Élihu au début de son discours (v.4)

Néanmoins, Elihu doit encore se battre pour convaincre Job que Dieu, dans sa toute puissance, reste et restera toujours Bienveillant; que dans sa Souveraineté, Dieu reste et restera aussi Juste et Miséricordieux. Grâce à l’incomparable force d’intelligence et de sagesse de Dieu, Il n’oubliera et ne méprisera personne, nous dit Élihu. Dieu serait peut-être un justicier mais il serait plus encore un Grand et Bon Éducateur et ne veut que « ouvrir nos oreilles à sa semonce, et lorsque nous écoutons, nous achèverons sans doute nos jours dans son Bonheur» (v.10-11). D’une manière concrète et pratique, nous aussi nous savons ce que demande et ce que coûte une bonne éducation, elle demande souvent des moyens et des efforts hors du commun. En fait, éducation et épreuve peuvent être décrits comme de vrais, bons et fidèles compagnons.

Une fois encore, nous retrouvons ici Élihu qui met en évidence la fonction éducatrice de la souffrance humaine. La souffrance nous amène sur le chemin de l’endurance et de la persévérance. « Dieu ouvre nos oreilles même par la détresse.» Du point de vue spirituel, la souffrance peut être vue aussi comme une sorte d’invitation à se purifier davantage, une invitation à se rapprocher de Dieu en dépassant notre raison personnelle et individuelle pour chercher la raison de Dieu. La souffrance ne devrait pas nous éloigner de Dieu, qu’elle ne nous pousse pas au découragement et éventuellement à la révolte.

 

Le Livre de Job

N° 26 du 2 juin 2013

Job, 37

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 37

 

1 Élihu continua et dit :

2 Attends un peu, et je vais poursuivre, car j'ai des paroles encore pour la cause de Dieu.

3 Je prendrai mes raisons de haut, et je prouverai la justice de mon créateur.

4 Sois en sûr, mes discours ne sont pas des mensonges, mes sentiments devant toi sont sincères.

5 Dieu est puissant, mais il ne rejette personne ; il est puissant par la force de son intelligence.

6 Il ne laisse pas vivre le méchant, et il fait droit aux malheureux.

7 Il ne détourne pas les yeux de dessus les justes, il les place sur le trône avec les rois, il les y fait asseoir pour toujours, afin qu'ils soient élevés.

8 Viennent-ils à tomber dans les chaînes, sont-ils pris dans les liens de l'adversité,

9 Il leur dénonce leurs œuvres, leurs transgressions, leur orgueil ;

10 Il les avertit pour leur instruction, il les exhorte à se détourner de l'iniquité.

11 S'ils écoutent et se soumettent, ils achèvent leurs jours dans le bonheur, leurs années dans la joie.

12 S'ils n'écoutent pas, ils périssent par le glaive, ils expirent dans leur aveuglement.

13 Les impies se livrent à la colère, ils ne crient pas à Dieu quand il les enchaîne ;

14 Ils perdent la vie dans leur jeunesse, ils meurent comme les débauchés.

15 Mais Dieu sauve le malheureux dans sa misère, et c'est par la souffrance qu'il l'avertit.

16 Il te retirera aussi de la détresse, pour te mettre au large, en pleine liberté, et ta table sera chargée de mets succulents.

17 Mais si tu défends ta cause comme un impie, le châtiment est inséparable de ta cause.

18 Que l'irritation ne t'entraîne pas à la moquerie, et que la grandeur de la rançon ne te fasse pas dévier !

19 Tes cris suffiraient-ils pour te sortir d'angoisse, et même toutes les forces que tu pourrais déployer ?

20 Ne soupire pas après la nuit, qui enlève les peuples de leur place.

21 Garde toi de te livrer au mal, car la souffrance t'y dispose.

22 Dieu est grand par sa puissance ; qui saurait enseigner comme lui ?

23 Qui lui prescrit ses voies ? Qui ose dire : tu fais mal ?

24 Souviens-toi d'exalter ses œuvres, que célèbrent tous les hommes.

25 Tout homme les contemple, chacun les voit de loin.

26 Dieu est grand, mais sa grandeur nous échappe, le nombre de ses années est impénétrable.

27 Il attire à lui les gouttes d'eau, il les réduit en vapeur et forme la pluie ;

28 Les nuages la laissent couler, ils la répandent sur la foule des hommes.

29 Et qui comprendra le déchirement de la nuée, le fracas de sa tente ?

30 Voici, il étend autour de lui sa lumière, et il se cache jusque dans les profondeurs de la mer.

31 Par ces moyens il juge les peuples, et il donne la nourriture avec abondance.

32 Il prend la lumière dans sa main, il la dirige sur ses adversaires.

33 Il s'annonce par un grondement ; les troupeaux pressentent son approche.

 

 

Commentaires

Souverain et Maître de l’univers,

Suprême en force et en équité

D’une manière rigoureuse mais aussi assez respectueuse de Job, Élihu entraine peu à peu ce dernier à découvrir et à contempler les œuvres splendides de Dieu. À l’instar de la répartition du temps en saisons différentes, les phénomènes cosmiques qui les entourent, en sont quelques-unes de ses multiples mystères que l’être humain ne maîtrise pas encore. Mais pourtant, ce sont vraiment là la pure et simple manifestation inédite mais évidente de Dieu, le témoignage éloquent et vivant de sa majesté, de sa fidélité mais surtout de sa puissance miséricordieuse. Dieu en fait vraiment des grandioses pour que les humains prennent conscience, mais malheureusement, dans la plupart des cas, ces choses nous échappent presque toutes. Dans notre détresse, avons-nous le temps de nous arrêter un peu, oublier notre bonne (et parfois même juste) raison de revendication; et contempler les mystères qui nous entourent ou bien même ceux qui nous habitent ?

Il est vrai, lorsqu’on est touché au plus profond de soi-même et que les personnes sur qui nous comptons pour nous conforter et nous apporter leurs soutiens semblent être sourdes à nos cris de détresses, aveugles sur l’état de souffrance de notre âme, il y’a lieu de se sentir abandonné et la tentation de vouloir se révolter serait de plus en plus grande; Se révolter même contre Dieu. C’est en fait dans cette perspective qu’on peut comprendre les multiples réactions « peut être un peu débordantes» de Job. Évidemment, il est certain que quelques fois, il arrive de voir des personnes innocentes et intègres comme Job (ou bien mêmes méchantes) souffrir d’une manière atroce, mais est-ce vraiment assez pour se révolter contre tous et contre Dieu? Pourrait-il exister une autre manière d’agir que celle de la révolte ? Je crois que c’est là qu’il faut pencher pour aborder le silence de Dieu.

Pour moi, trouver c’est autre manière d’agir, n’est rien d’autre que trouver l’une des clés qui ouvrirait l’une des portes du mystère de la souffrance humaine. Même si cette manière d’agir milite en la faveur de Dieu, elle ne prétend pour autant ne pas vouloir disculper Dieu comme les amis de Job ont voulu le faire à tout prix, en inculpant même Job sans preuves. Par une pareille manière d’agir, on laisse plutôt une petite ouverture dans notre cœur pour que la volonté de Dieu se fasse dans notre vie, même s’il se peut qu’elle soit même contre notre souhait profond. C’est dans cette perspective qu’on peut apprendre quelque chose de la fameuse prière d’abandon de Jésus devant sa propre souffrance : « Seigneur, éloigne de moi cette coupe, pourtant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se réalise. » (cf. Luc, 22 :42)

Dans nos peines et dans nos détresses, même les plus incompréhensibles et les plus indescriptibles, il faut toujours laisser une porte ouverte à Dieu, c’est aussi çà le mystère de la foi : confiance totale jusqu’à l’abandon de soi à la seule volonté de Dieu. Pour certains, cette forme de confiance paraitrait un peu naïve voire idiot, mais pourtant c’est le chemin que Jésus-Christ notre guide a suivi. Si Dieu ne l’a pas abandonné au pouvoir de la mort tout simplement parce qu’il a remis son sort entre les mains de Dieu, ce même Dieu ne nous abandonnera pas non parce que nous avons suivi le chemin de celui-là qu’il nous envoyé comme la lumière qui illumine nos pas, cette lumière qui dissipe nos doutes, Jésus-Christ « le Chemin, la Vérité et la Vie. » certes nos forces peuvent s’épuiser, mais celles de Dieu ne s’épuisent jamais, espérons en lui, il ne manquera pas à sa Justice.

 

Le Livre de Job

N° 27 du 9 juin 2013

Job, 38 - 39

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 38

1 L'Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit :

2 Qui est celui qui obscurcit mes desseins par des discours sans intelligence ?

3 Ceins tes reins comme un vaillant homme ; je t'interrogerai, et tu m'instruiras.

4 Où étais-tu quand je fondais la terre ? Dis-le, si tu as de l'intelligence.

5 Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu ? Ou qui a étendu sur elle le cordeau ?

6 Sur quoi ses bases sont-elles appuyées ? Ou qui en a posé la pierre angulaire,

7 Alors que les étoiles du matin éclataient en chants d'allégresse, et que tous les fils de

Dieu poussaient des cris de joie ?

8 Qui a fermé la mer avec des portes, quand elle s'élança du sein maternel ;

9 Quand je fis de la nuée son vêtement, et de l'obscurité ses langes ;

10 Quand je lui imposai ma loi, et que je lui mis des barrières et des portes ;

11 Quand je dis : tu viendras jusqu'ici, tu n'iras pas au-delà ; ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots ?

12 Depuis que tu existes, as-tu commandé au matin ? As-tu montré sa place à l'aurore,

13 Pour qu'elle saisisse les extrémités de la terre, Et que les méchants en soient secoués ;

14 Pour que la terre se transforme comme l'argile qui reçoit une empreinte, et qu'elle soit parée comme d'un vêtement ;

15 Pour que les méchants soient privés de leur lumière, et que le bras qui se lève soit brisé ?

16 As-tu pénétré jusqu'aux sources de la mer ? T'es-tu promené dans les profondeurs de l'abîme ?

17 Les portes de la mort t'ont-elles été ouvertes ? As-tu vu les portes de l'ombre de la mort ?

18 As-tu embrassé du regard l'étendue de la terre ? Parle, si tu sais toutes ces choses.

19 Où est le chemin qui conduit au séjour de la lumière ? Et les ténèbres, où ont-elles leur demeure ?

20 Peux-tu les saisir à leur limite, et connaître les sentiers de leur habitation ?

21 Tu le sais, car alors tu étais né, et le nombre de tes jours est grand !

22 Es-tu parvenu jusqu'aux amas de neige ? As-tu vu les dépôts de grêle,

23 Que je tiens en réserve pour les temps de détresse, pour les jours de guerre et de bataille ?

24 Par quel chemin la lumière se divise-t-elle, et le vent d'orient se répand-il sur la terre ?

25 Qui a ouvert un passage à la pluie, et tracé la route de l'éclair et du tonnerre,

26 Pour que la pluie tombe sur une terre sans habitants, sur un désert où il n'y a point d'hommes ;

27 Pour qu'elle abreuve les lieux solitaires et arides, et qu'elle fasse germer et sortir l'herbe ?

28 La pluie a-t-elle un père ? Qui fait naître les gouttes de la rosée ?

29 Du sein de qui sort la glace, et qui enfante le frimas du ciel,

30 Pour que les eaux se cachent comme une pierre, et que la surface de l'abîme soit enchaînée ?

31 Noues-tu les liens des Pléiades, ou détaches-tu les cordages de l'Orion ?

32 Fais-tu paraître en leur temps les signes du zodiaque, et conduis-tu la Grande Ourse avec ses petits ?

33 Connais-tu les lois du ciel ? Règles-tu son pouvoir sur la terre ?

34 Élèves-tu la voix jusqu'aux nuées, pour appeler à toi des torrents d'eaux ?

35 Lances-tu les éclairs ? Partent-ils ? Te disent-ils : nous voici ?

36 Qui a mis la sagesse dans le cœur, ou qui a donné l'intelligence à l'esprit ?

37 Qui peut avec sagesse compter les nuages, et verser les outres des cieux,

38 Pour que la poussière se mette à ruisseler, et que les mottes de terre se collent ensemble ?

39 Chasses-tu la proie pour la lionne, et apaises-tu la faim des lionceaux,

40 Quand ils sont couchés dans leur tanière, quand ils sont en embuscade dans leur repaire ?

41 Qui prépare au corbeau sa pâture, quand ses petits crient vers Dieu, Quand ils sont errants et affamés ?

Chapitre 39

1 Sais-tu quand les chèvres sauvages font leurs petits ? observes-tu les biches quand elles mettent bas ?

2 Comptes-tu les mois pendant lesquels elles portent, et connais-tu l'époque où elles enfantent ?

3 Elles se courbent, laissent échapper leur progéniture, et sont délivrées de leurs douleurs.

4 Leurs petits prennent de la vigueur et grandissent en plein air, ils s'éloignent et ne reviennent plus auprès d'elles.

5 Qui met en liberté l'âne sauvage, et l'affranchit de tout lien ?

6 J'ai fait du désert son habitation, de la terre salée sa demeure.

7 Il se rit du tumulte des villes, il n'entend pas les cris d'un maître.

8 Il parcourt les montagnes pour trouver sa pâture, il est à la recherche de tout ce qui est vert.

9 Le buffle veut-il être à ton service ? passe-t-il la nuit vers ta crèche ?

10 L'attaches-tu par une corde pour qu'il trace un sillon ? Va-t-il après toi briser les mottes des vallées ?

11 Te reposes-tu sur lui, parce que sa force est grande ? Lui abandonnes-tu le soin de tes travaux ?

12 Te fies-tu à lui pour la rentrée de ta récolte ? Est-ce lui qui doit l'amasser dans ton aire ?

13 L'aile de l'autruche se déploie joyeuse ; on dirait l'aile, le plumage de la cigogne.

14 Mais l'autruche abandonne ses œufs à la terre, et les fait chauffer sur la poussière ;

15 Elle oublie que le pied peut les écraser, qu'une bête des champs peut les fouler.

16 Elle est dure envers ses petits comme s'ils n'étaient point à elle ; elle ne s'inquiète pas de l'inutilité de son enfantement.

17 Car Dieu lui a refusé la sagesse, il ne lui a pas donné l'intelligence en partage.

18 Quand elle se lève et prend sa course, elle se rit du cheval et de son cavalier.

19 Est-ce toi qui donnes la vigueur au cheval, et qui revêts son cou d'une crinière flottante ?

20 Le fais-tu bondir comme la sauterelle ? Son fier hennissement répand la terreur.

21 Il creuse le sol et se réjouit de sa force, il s'élance au-devant des armes ;

22 Il se rit de la crainte, il n'a pas peur, il ne recule pas en face de l'épée.

23 Sur lui retentit le carquois, brillent la lance et le javelot.

24 Bouillonnant d'ardeur, il dévore la terre, il ne peut se contenir au bruit de la trompette.

25 Quand la trompette sonne, il dit : en avant ! Et de loin il flaire la bataille, La voix tonnante des chefs et les cris de guerre.

26 Est-ce par ton intelligence que l'épervier prend son vol, et qu'il étend ses ailes vers le midi ?

27 Est-ce par ton ordre que l'aigle s'élève, et qu'il place son nid sur les hauteurs ?

28 C'est dans les rochers qu'il habite, qu'il a sa demeure, sur la cime des rochers, sur le sommet des monts.

29 De là il épie sa proie, il plonge au loin les regards.

30 Ses petits boivent le sang ; et là où sont des cadavres, l'aigle se trouve.

 

 

Commentaires

ENFIN Dieu intervient !

Contre toute attente, Dieu intervient enfin et brille par un discours plein de questionnements. Curieusement, le tout premier questionnement porte sur la providence et cela n’est pas gratuit. Tout au long de ce long discours, Job se retrouvera sans cesse en face d’un Dieu qui semble en quête du savoir plutôt que tout savant. Un Dieu qui ne cherche même pas à défendre sa cause mais qui souhaite plutôt qu’un brave homme comme Job l’instruise sur les mystères du monde, l’essence ultime de toute chose, leur nature intrinsèque.

À voir ne serait-ce que les transformations qui se sont opérées au fil du temps sur la surface de la terre et même au-delà grâce aux inventions et aux créations des êtres humains, nul ne peut douter de la capacité ingénieuse et inouïe de l’être humain. Mais qu’à cela ne tienne, on ne peut pas non plus douter de la limite de ces mêmes hommes et femmes dans le temps et dans l’espace. Alors, la question qui se pose à nous serait toute simple mais très fondamentale : Comment peut-on pallier les limites de nos capacités humaines ?

Comme pour mettre Job dans le bain de cette quête, Dieu part d’une situation assez anodine mais pourtant assez intéressante, à savoir le comportement étrange de l’autruche. En général, nous remarquons dans le cas des êtres humains ou bien même des animaux, une certaine forme d’automatisme naturel ou bien réflexe instinctif chez les parents (surtout chez les mères) de protéger et de prendre soin de leur progéniture surtout à la naissance de celle-ci.

Curieusement, tel n’est pas le cas chez l’autruche. Elle ne fait pas de nid pour ses œufs mais les abandonne plutôt sur la poussière oubliant même qu’un pied ou bien une autre bête sauvage pourrait les piétiner à tout moment. Pire encore, quand elle a ses petits, elle est dure avec eux comme s’ils n’étaient pas les siens, elle semble ne pas s’inquiéter d’avoir peiné en pure perte. Sûrement cela parait d’emblée vraiment bizarre et idiot, on peut tout de même tirer de cette situation une leçon : La Providence divine.

Loin de vouloir prôner un comportement de négligence et d’abandon, Dieu veut, par l’exemple de l’autruche, se frayer plutôt un chemin. Il est surprenant de constater que l’espèce ‘autruche’ naturellement négligente avec sa progéniture a survécu durant les siècles comme toutes les autres espèces animales sauvages apparemment moins négligentes qu’elle.

Pourtant, il est vrai que perdre un bien n’est jamais une chose agréable et souhaitable, surtout perdre un bien difficilement acquis ; mais qu’est-ce que nous nous faisons comme tracas, mais qu’est-ce que nous nous causons comme angoisse et chagrin lorsqu’il nous arrive de perdre ne serait-ce que la moindre possession? Mais qu’est-ce que nous nous obstinons souvent au point de nous rendre malade et de ne plus voir aucune issue ? Pouvons-nous quelques fois laisser notre sort à « l’abandon/la providence » de Dieu (pas par négligence mais par acte de foi) ? Ne pourrait-Il pas veiller sur nous comme Il veille sur les œufs et les petits de l’autruche ? D’une part, on peut affirmer que croire en Dieu est en fait laisser une place à Dieu pour se frayer un chemin, surtout lorsque nous sommes confrontés à la limite de nos capacités humaines.

 

Le Livre de Job

N° 28 du 16 juin 2013

Job, 40 - 41

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 40

1 L'Éternel, s'adressant à Job, dit :

2 Celui qui dispute contre le Tout Puissant est-il convaincu ? Celui qui conteste avec Dieu a-t-il une réplique à faire ?

3 Job répondit à l'Éternel et dit :

4 Voici, je suis trop peu de chose ; que te répliquerais-je ? Je mets la main sur ma bouche.

5 J'ai parlé une fois, je ne répondrai plus ; deux fois, je n'ajouterai rien.

6 L'Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit :

7 Ceins tes reins comme un vaillant homme ; je t'interrogerai, et tu m'instruiras.

8 Anéantiras-tu jusqu'à ma justice ? Me condamneras-tu pour te donner droit ?

9 As-tu un bras comme celui de Dieu, une voix tonnante comme la sienne ?

10 Orne-toi de magnificence et de grandeur, revêts-toi de splendeur et de gloire !

11 Répands les flots de ta colère, et d'un regard abaisse les hautains !

12 D'un regard humilie les hautains, écrase sur place les méchants,

13 Cache-les tous ensemble dans la poussière, enferme leur front dans les ténèbres !

14 Alors je rends hommage à la puissance de ta droite.

15 Voici l'hippopotame, à qui j'ai donné la vie comme à toi ! il mange de l'herbe comme le bœuf.

16 Le voici ! Sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles de son ventre ;

17 Il plie sa queue aussi ferme qu'un cèdre ; les nerfs de ses cuisses sont entrelacés ;

18 Ses os sont des tubes d'airain, ses membres sont comme des barres de fer.

19 Il est la première des œuvres de Dieu ; celui qui l'a fait l'a pourvu d'un glaive.

20 Il trouve sa pâture dans les montagnes, où se jouent toutes les bêtes des champs.

21 Il se couche sous les lotus, au milieu des roseaux et des marécages ;

22 Les lotus le couvrent de leur ombre, les saules du torrent l'environnent.

23 Que le fleuve vienne à déborder, il ne s'enfuit pas : que le Jourdain se précipite dans sa gueule, il reste calme.

24 Est-ce à force ouverte qu'on pourra le saisir ? Est-ce au moyen de filets qu'on lui percera le nez ?

Chapitre 41

1 Prendras-tu le crocodile à l'hameçon ? Saisiras-tu sa langue avec une corde ?

2 Mettras-tu un jonc dans ses narines ? Lui perceras-tu la mâchoire avec un crochet ?

3 Te pressera-t-il de supplication ? Te parlera-t-il d'une voix douce ?

4 Fera-t-il une alliance avec toi, pour devenir à toujours ton esclave ?

5 Joueras-tu avec lui comme avec un oiseau ? L'attacheras-tu pour amuser tes jeunes filles ?

6 Les pêcheurs en trafiquent-ils ? Le partagent-ils entre les marchands ?

7 Couvriras-tu sa peau de dards, et sa tête de harpons ?

8 Dresse ta main contre lui, et tu ne t'aviseras plus de l'attaquer.

9 Voici, on est trompé dans son attente ; à son seul aspect n'est-on pas terrassé ?

10 Nul n'est assez hardi pour l'exciter ; qui donc me résisterait en face ?

11 De qui suis-je le débiteur ? Je le paierai. Sous le ciel tout m'appartient.

12 Je veux encore parler de ses membres, et de sa force, et de la beauté de sa structure.

13 Qui soulèvera son vêtement ? Qui pénétrera entre ses mâchoires ?

14 Qui ouvrira les portes de sa gueule ? Autour de ses dents habite la terreur.

15 Ses magnifiques et puissants boucliers sont unis ensemble comme par un sceau ;

16 Ils se serrent l'un contre l'autre, et l'air ne passerait pas entre eux ;

17 Ce sont des frères qui s'embrassent, se saisissent, demeurent inséparables.

18 Ses éternuements font briller la lumière ; ses yeux sont comme les paupières de l'aurore.

19 Des flammes jaillissent de sa bouche, des étincelles de feu s'en échappent.

20 Une fumée sort de ses narines, comme d'un vase qui bout, d'une chaudière ardente.

21 Son souffle allume les charbons, sa gueule lance la flamme.

22 La force a son cou pour demeure, et l'effroi bondit au-devant de lui.

23 Ses parties charnues tiennent ensemble, fondues sur lui, inébranlables.

24 Son cœur est dur comme la pierre, dur comme la meule inférieure.

25 Quand il se lève, les plus vaillants ont peur, et l'épouvante les fait fuir.

26 C'est en vain qu'on l'attaque avec l'épée ; la lance, le javelot, la cuirasse, ne servent à rien.

27 Il regarde le fer comme de la paille, l'airain comme du bois pourri.

28 La flèche ne le met pas en fuite, les pierres de la fronde sont pour lui du chaume.

29 Il ne voit dans la massue qu'un brin de paille, il rit au sifflement des dards.

30 Sous son ventre sont des pointes aiguës : on dirait une herse qu'il étend sur le limon.

31 Il fait bouillir le fond de la mer comme une chaudière, il l'agite comme un vase rempli

de parfums.

32 Il laisse après lui un sentier lumineux ; l'abîme prend la chevelure d'un vieillard.

33 Sur la terre nul n'est son maître ; il a été créé pour ne rien craindre.

34 Il regarde avec dédain tout ce qui est élevé, il est le roi des plus fiers animaux.

 

Commentaires

Dieu continue à enfoncer le clou

mais Job réagit par un simple geste très symbolique : Main sur la bouche

Il apparaît très clairement que les deux avant-derniers chapitres (40-41) du livre de Job constituent la suite et fin du long discours de Dieu. Mais on notera néanmoins une petite intrusion courte et brève de Job dans ce long discours. C’est en fait une intervention d’à peine trois versets mais qui est révélatrice de beaucoup de sens. Pour cette raison, il serait opportun de poser sur cette intervention courte mais significative une considération particulière et un décorticage bien attentionné. Ces présumés multiples sens découleraient de part et d’autre tant de l’expression gestuelle de Job que de l’expression orale de ses sentiments les plus profonds.

Il est bien vrai que le fameux geste d’une main mise sur la bouche est un geste très commun, mais ce geste n’est aucunement un geste banal. Généralement, on en fait usage lorsque nous voulons exprimer une quelconque surprise agréable qui va au-delà de notre attente. Il faut avouer que dans la situation de Job, Dieu s’était vraiment fait attendre, comme Il se fait encore attendre dans beaucoup d’autres cas aujourd’hui. Dès ici-bas, il y a donc lieu de nous poser la question de notre attitude devant une éventuelle surprise de Dieu, lorsqu’on nous nous croyons tombés dans notre plus profonde détresse. Reste-t-il encore une petite lueur d’espérance pour croire Dieu capable d’intervenir au delà de notre attente ? Surpris agréablement, nous poserons aussi notre main sur notre bouche.

En fait, le geste de poser la main sur bouche ne serait pas simplement une attitude d’expression d’un quelconque étonnement ou d’une quelconque surprise, mais ce serait aussi l’expression profonde d’une certaine forme d’humilité. Et nous retrouvons cette forme d’expression d’humilité profonde dans la fameuse courte intervention de Job dite de manière très explicite et claire comme suit : « Je ne fais pas le poids, que répliquerai-je ? » (cf. Job 40 :4) Cette forme d’expression de sentiment profond de Job par ce geste symbolique de la main sur la bouche, apparaît ici comme pour corriger le comportement assez prétentieux du même Job dans certaines de ses interventions précédentes.

On peut se rappeler de l’attitude vraiment aguerrie de Job décrite au chapitre 13, quand il défiait Dieu sur ce ton : « … Et alors, interroge-moi, je te répondrai; ou bien permets-moi de te parler et tu me répondras. » (v.22) Si Job s’était vraiment entêté dans un premier temps à vouloir défier le silence voire même la justice de Dieu, nous retrouvons aux derniers chapitres un certain Job retenu et ramolli qui donne plutôt à Dieu l’impression d’un brave homme en quête d’encouragement et de motivation, et Dieu ne manquera certainement pas de lui en proposer comme suit : « Lève-toi donc, ceins tes reins comme un brave homme. » Un brave homme capable d’instruire Dieu (cf. Job, 40 :7) Dieu répond ainsi au souhait ardent (peut-être prétentieux) de Job.

Désormais, même s’il fallait admettre que Job désire encore que Dieu parle, ce n’est plus pour répondre à l’interrogatoire de ce dernier mais ce serait plutôt pour que Dieu l’instruise sur ses merveilles et sur le mystère de la création. Alors, on assiste à une scène hallucinante de retournement de la situation initiale. On est en face d’un Job qui, sans même avoir obtenu gain de cause, oublie sa peine et sa détresse, ne réclame plus que justice soit faite, mais qui veut tout simplement écouter sans rien dire.

Combien de fois avons-nous perdu notre sang froid et notre patience devant des situations désagréables ? Combien n’avons-nous pas assisté à des retournements de situations parfois étonnantes, bouleversantes et même délirantes ? Comment et pourquoi ne pas nous inspirer de la situation de Job pour confronter nos situations de détresses actuelles ou bien même celles à venir ? Dieu, c’est tout simplement la surprise agréable, qui nous force à mettre la main sur la bouche.

Le Livre de Job

N° 29 du 23 juin 2013

Job, 42

Par le Père Jean Djosir smmm

 

Chapitre 42

1 Job répondit à l'Éternel et dit :

2 Je reconnais que tu peux tout, Et que rien ne s'oppose à tes pensées.

3 Quel est celui qui a la folie d'obscurcir mes desseins ? Oui, j'ai parlé, sans les comprendre, de merveilles qui me dépassent et que je ne conçois pas.

4 Écoute-moi, et je parlerai ; je t'interrogerai, et tu m'instruiras.

5 Mon oreille avait entendu parler de toi ; mais maintenant mon œil t'a vu.

6 C'est pourquoi je me condamne et je me repens sur la poussière et sur la cendre.

7 Après que l'Éternel eut adressé ces paroles à Job, il dit à Éliphaz de Théman : ma colère est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n'avez pas parlé de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job.

8 Prenez maintenant sept taureaux et sept béliers, allez auprès de mon serviteur Job, et offrez pour vous un holocauste. Job, mon serviteur, priera pour vous, et c'est par égard pour lui seul que je ne vous traiterai pas selon votre folie ; car vous n'avez pas parlé de moi avec droiture, comme l'a fait mon serviteur Job.

9 Éliphaz de Théman, Bildad de Schuach, et Tsophar de Naama allèrent et firent comme l'Éternel leur avait dit : et l'Éternel eut égard à la prière de Job.

10 L'Éternel rétablit Job dans son premier état, quand Job eut prié pour ses amis ; et l'Éternel lui accorda le double de tout ce qu'il avait possédé

11 Les frères, les sœurs, et les anciens amis de Job vinrent tous le visiter, et ils mangèrent avec lui dans sa maison. Ils le plaignirent et le consolèrent de tous les malheurs que l'Éternel avait fait venir sur lui, et chacun lui donna un kesita et un anneau d'or.

12 Pendant ses dernières années, Job reçut de l'Éternel plus de bénédictions qu'il n'en avait reçues dans les premières. Il posséda quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de bœufs, et mille ânesses.

13 Il eut sept fils et trois filles :

14 Il donna à la première le nom de Jemima, à la seconde celui de Ketsia, et à la troisième celui de Kéren Happuc.

15 Il n'y avait pas dans tout le pays d'aussi belles femmes que les filles de Job. Leur père leur accorda une part d'héritage parmi leurs frères.

16 Job vécut après cela cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu'à la quatrième génération.

17 Et Job mourut âgé et rassasié de jours.

 

 

Commentaires

« Eh oui ! J’ai abordé, sans le savoir les mystères qui me confondent. »

Il n’y a rien de plus beau, rien de plus lucide que la franche reconnaissance de ses limites. Job fait donc un aveu humble et sincère. Et de cet aveu, la question de Dieu ou, mieux encore, la question des mystères qui entourent son action va resurgir de nouveau. En effet, cette question, même jusqu’aujourd’hui, anime beaucoup de débats et suscite d’ailleurs des réactions tant du côté de ceux qui croient que du côté de ceux qui ne croient pas en Lui. Ce ne serait donc pas une surprise de constater que ces réactions sont parfois très divergentes, même parmi ceux qui croient. Et l’un des aspects qui suscite beaucoup d’engouement serait donc celui qui concerne l’amour de Dieu et la justice divine.

Alors, notre question pourrait être la suivante : lorsque nous affirmons par exemple que Dieu est amour, que Dieu est juste, qu’est-ce que cela implique ? Sans doute, c’est ici le point sur lequel butent beaucoup d’entre nous. En général, notre conception humaine de la justice et de l’amour se veut revendicatrice d’actions promptes et rapides surtout dans les situations les plus délicates ou les plus graves. Selon cette logique humaine, toute personne qui prétend aimer une autre, devrait être (normalement) prête à agir tout de suite lorsque celle-ci est sollicitée par la personne qu’elle aime. Toujours selon cette même logique humaine, toute personne juste devrait (normalement) être prête à trancher ou bien à intervenir très vite afin de limiter les dégâts. Mais comme Dieu tarde souvent à agir, à intervenir ! Alors, aime-t-il vraiment ? Serait-Il vraiment un Dieu juste ?

Avant de répondre par un oui ou par un non, j’aimerais d’abord attirer notre attention sur une autre question : en fait, pourquoi souhaitons-nous que celui ou celle qui nous aime ne devrait pas tarder à répondre à notre appel ? Pourquoi souhaitons-nous que la justice ne devrait pas tarder à trancher ? Nous nous sommes peut-être posé ces questions, peut-être pas. La réponse est toute simple et logique: On a peur. Peur de perdre ou bien même de se perdre. Mais, la révélation inédite de Dieu, dans la situation de Job et avec tout ce qui s’en suit, que nous devons garder est qu’avec Dieu on ne perd jamais, on ne se perd jamais. Il n’est jamais trop tard pour Lui pour rétablir les choses. Dieu se révèle à nous comme étant et demeurant le maître de tout, même du temps, avec lui, on ne perd jamais. Et la confession de Job qui suit est merveilleuse et réjouissante : « Maintenant, Je sais que tu peux tout.»

Il nous est probablement déjà arrivé de traverser des situations difficiles comme celle qu’a traversée Job; et peut-être sommes-nous arrivés soit à douter de l’amour de Dieu, soit à nous interroger simplement sur sa justice infaillible. Malgré tout cela, existerait-il dans notre cœur une petite lueur d’espérance qui nous laisserait oser croire que Dieu peut tout ? De ce fait, l’expérience de Job devient la torche qui illumine la foi de ceux et celles qui ont mis leur confiance en Dieu. Tous nous espérons et attendons la manifestation de Dieu. Et pendant ce temps d’attente beaucoup de choses peuvent arriver : parfois agréables mais aussi désagréables, parfois même désastreuses, mais nous sommes invités à ne pas laisser l’impatience l’emporter sur la persévérance, à tenir bon jusqu’au bout, jusqu’à ce que Dieu intervienne et il nous rétablira mieux qu’avant, soyons en sûrs…